Jn 2, 13-25 | Guy MusyIl y une année, l’émission de Jean Leclerc «Histoire Vivante» faisait passer sur nos ondes un sermon de Maître Eckhart. Assez insolite, pour le moins! Il s’agissait d’un commentaire de la scène que l’évangile de Jean nous fait lire ce troisième dimanche de Carême. Faut-il la rappeler encore? Jésus, armé d’un fouet de cordes, fait le ménage dans la maison de son Père, transformée, selon lui, en marché de bétail et de volaille. Sans parler des tripots des changeurs de monnaie. Un geste assurément brutal, accompagné d’une injonction claire et sans réplique : «Sortez tout cela d’ici!». Autrement dit: «Faites le vide!».Quatorze siècles plus tard, au temps où prêchait le mystique dominicain, le Temple de Jérusalem n’était plus qu’un souvenir. Une ruine, pour être plus précis. Mais l’évangile de Jean se lisait encore. Comment fallait-il interpréter le passage de l’expulsion des marchands du Temple pour que les auditeurs d’Eckhart puissent se l’approprier? Le Maître n’hésite pas un instant. Pour lui, le vrai Tempe est le cœur de l’homme infesté par des trafiquants d’un nouveau genre. Le cœur ou l’âme de l’homme est le siège du Dieu vivant. C’est là qu’il réside et il exige que toute la place lui soit réservée et consacrée. Donc, pas de marchandages avec lui dans le but de gagner ses faveurs, petites ou grandes. Pas de «bonnes œuvres» à faire valoir, comme autant de mérites pour acheter sa place au paradis. Laissons donc aux Pharisiens mercantiles ces comptes d’apothicaire et employons-nous plutôt à faire le vide dans notre coeur. Dieu seul suffit à le remplir. Dieu seul suffit à notre bonheur.Plus surprenant encore, le philosophe valaisan bien connu, Alexandre Jollien, adhère sans réserve aux vues du mystique rhénan. Il se réfère dans un de ses derniers livres à son commentaire sur l’évangile de Jean. En voici quelques lignes qui valent bien une prédication dominicale et…dominicaine:«Maître Eckart me convie à un exercice de vérité et de dépouillement.(…) Je prends conscience combien, dans ma vie, je suis enclin à trafiquer. Suivre Maître Eckart, c’est toujours et avant tout se déprendre de tout et surtout de soi pour devenir limpide, vrai et lumineux.(…) Nous sommes conviés à laisser tout ce que nous sommes, comme des reliques poussiéreuses pour revivre.(…) Aujourd’hui, je souhaite quitter tout marchandage, cesser de faire le beau, renoncer à me regarder pour jouer pleinement avec la vie. (…) J’aime l’éloge du vide. Il est un vide qui anéanti et un autre qui prodigue une fécondité exceptionnelle. Pour épouser le mouvement de la vie aucun marchandage, aucun repli sur soi, il convient bien plutôt de retrouver l’existence au-delà des mots, dans sa simplicité même. Tout cela est un jeu d’enfant, et non une affaire de grand.»Il est vrai que seuls les hommes au cœur d’enfant entrent dans le Royaume de Dieu!Bon dimanche et bon Carême!