Le prix Nobel de la paix vient d’être attribué à l’Union européenne. Plusieurs commentateurs se sont interrogés sur le bien-fondé de ce prix. Profitons de cette interrogation pour quelques rappels historiques et pour jeter un regard sur l’encyclique Pacem in Terris, texte fondamental pour les chrétiens qui fut publié en plein Concile en 1963.Quelques rappels historiques tout d’abord. L’Europe sort exsangue de la deuxième guerre mondiale. Son économie est ruinée et elle est coupée en deux par la guerre froide qui oppose l’Union soviétique aux pays occidentaux. L’Allemagne est le symptôme de cette opposition par sa division entre Allemagne de l’Ouest et Allemagne de l’Est. Pour éviter tout nouveau risque de conflit, plusieurs personnalités chrétiennes songent à créer une Europe confédérale. Est alors mise en place une Communauté du Charbon et de l’Acier en 1951. L’Allemagne de l’Ouest est rétablie dans ses droits d’état souverain en 1955. En 1957 est créé le Marché Commun qui donnera naissance après un long processus à l’Union européenne dans les années 2000.Dans cette longue histoire, la contribution de la Communauté européenne à la paix et à la réconciliation est indiscutable. Au moment de la guerre froide, c’est elle qui permit le réarmement de l’Allemagne et donc un équilibre des forces qui a garanti « la coexistence pacifique ». Au moment de la chute du communisme, elle a autorisé la réunification allemande et favorisé l’intégration des pays de l’Est européen dans un ensemble qui garantit un fonctionnement démocratique et la défense des droits des personnes. Enfin elle est un facteur de pacification dans la région des Balkans avec la nouvelle adhésion de la Croatie et la demande d’adhésion de la Serbie. Un élément-clé de cette construction de la paix a été la réconciliation franco-allemande initiée par K. Adenauer et C. de Gaulle en 1962 lors d’une messe solennelle dans la cathédrale de Reims.Dans son encyclique qui eut un retentissement considérable, Jean XXIII rappelait quelles étaient les conditions de la paix: la vérité, la justice, la liberté et la solidarité. Quel meilleur exemple de vérité que le traité d’amitié entre la France et l’Allemagne qui reconnaît les erreurs du passé et veut construire un avenir commun dans le respect de la dignité de chaque Etat. La justice résulte de l’acceptation du règlement des conflits par le compromis et donc du principe qu’on ne peut poursuivre son intérêt au prix d’une grave injustice envers les pays voisins. La liberté au niveau international signifie l’absence d’ingérence dans les affaires intérieures d’un autre Etat. Ce principe a été respecté au sein de l’Union. Les interventions de la Commission de Bruxelles et du Parlement européen résultent d’éléments de souveraineté volontairement concédés à ces autorités par les différents Etats qui acceptent de mettre en commun des projets et des ressources. Pacem in Terris rappelait à ce propos que «la mission naturelle du pouvoir politique n’est pas de limiter l’horizon des citoyens aux frontières du pays».Reste la question de la solidarité. Après des débuts prometteurs (politique agricole commune, fonds de soutien aux régions en difficulté et aux pays anciennement communistes), l’Union européenne vit aujourd’hui des heures sombres sur cette question en raison de la mise en place de l’Euro. Celui-ci a fait diverger les économies et oppose les intérêts immédiats des pays européens du sud à ceux des pays du nord. Les transferts mis en place sont insuffisants et ils sont incapables de faire redémarrer à eux seuls les économies en panne dans un monde de concurrence. L’austérité demandée à la population a atteint en Grèce, au Portugal et en Espagne ses limites. Sans moratoire au moins partiel sur les dettes et sans réforme de ses institutions publiques, la contribution de l’Union européenne à la paix et à la cohésion de notre continent sera compromise.
Jean-Jacques Friboulet