Les accords de Schengen ont été signés en 1985 entre les pays du Benelux, l’Allemagne et la France. Ils ont été repris dans une convention en 1995 qui a élargi leur champ d’application à l’Espagne et à l’Italie. Petit à petit les nouveaux pays de l’Union européenne y ont adhéré, à l’exception de la Bulgarie et de la Roumanie qui n’ont pas été acceptées, de l’Irlande et de la Grande-Bretagne qui l’ont refusée. Le peuple suisse l’a votée en 2005.Les principes de cette Convention sont au nombre de trois. Premièrement la libre circulation des citoyens des pays membres de la Convention à l’intérieur de l’espace Schengen, ce qui explique la disparition des contrôles d’identité aux frontières. Deuxièmement la nécessité d’un visa pour les ressortissants des autres pays qui veulent rentrer dans cet espace. Troisièmement la création d’une base de données commune en matière de justice et police pour contrôler les mouvements des personnes et des biens. La Convention peut être temporairement suspendue par un pays s’il observe des menaces pour sa sécurité et son ordre public. C’est sur cette base que s’appuient certains pays d’Europe centrale et plus récemment l’Allemagne pour mettre en parenthèses la Convention.Cet accord est mis à mal par le flux de réfugiés venant des Balkans. Pour le comprendre, il suffit de regarder une carte. Pour entrer dans l’Union européenne, ceux-ci n’ont qu’une porte d’entrée: la Hongrie. Le pays n’a pas les moyens d’accueillir, d’enregistrer et de contrôler une telle population. Il n’en pas les moyens logistiques, juridiques et policiers. Il n’en a pas davantage la volonté politique. Pour le comprendre il faut faire un détour par l’histoire. La Hongrie a un passé très conflictuel avec l’Empire ottoman. Elle se vit comme le dernier Etat chrétien à la frontière des Balkans. Elle n’a donc nulle envie d’accueillir des milliers de réfugiés majoritairement musulmans. Sa vision est partagée par la Slovaquie et la Pologne, Etats majoritairement catholiques à la frontière avec l’Orthodoxie. Qu’on le veuille ou non ces données font partie de leur histoire. C’est grâce à elles, que ces pays ont résisté au communisme dans les années d’après-guerre. On ne peut pas leur demander de se renier.Ces opinions sont bien sûr destinées à évoluer vers plus d’ouverture avec le temps. Mais il y faudra une génération. La Convention de Schengen, basée sur l’hypothèse erronée que les citoyens de l’Europe ont une vision commune de leur identité et de leur rapport à l’étranger, se fracasse sur la réalité des différences. Ce n’est pas une bonne nouvelle pour les réfugiés mais ce retour aux réalités est salutaire pour les personnes qui ont une vision simpliste de l’Europe et qui oublient que nous sommes façonné(e)s aussi par notre histoire.