L’existence de l’Euro en tant que monnaie commune à 17 pays de l’Union européenne est aujourd’hui remise en cause par les marchés financiers. Et cette crise de l’Euro conduit à une perte de confiance dans l’Europe. En quoi ces évènements nous concernent-ils en tant que chrétiens?Tout d’abord il faut rappeler que l’Union a d’abord été voulue et réfléchie par des politiciens pour lesquels la doctrine sociale de l’Eglise était une source essentielle d’inspiration. R. Schuman, A. de Gasperi et K. Adenauer étaient des chrétiens engagés qui avaient souffert personnellement des régimes totalitaires. Ils voyaient dans l’Union européenne le seul moyen pour rétablir une paix durable en Europe et la prospérité économique tant souhaitées par les populations à la fin de la deuxième guerre mondiale. Leur projet était courageux et réaliste. Sa mise en œuvre a bien fonctionné jusqu’au début des années 1990.Que s’est-il donc passé qui a conduit aux remises en cause d’aujourd’hui. D’abord un élargissement trop rapide qui a conduit à une Europe à 27. Celle-ci n’a pas su se donner les institutions capables de la faire fonctionner. L’union politique recherchée par ses initiateurs grâce à la mise en place de programmes concrets s’est transformée en un grand marché. Elle est tombée en panne comme l’illustre l’échec du projet de constitution européenne. Les leaders européens ont oublié, contrairement aux fondateurs, qu’apprendre à vivre ensemble est un long chemin qui exige un subtil équilibre entre liberté et solidarité.Dans cette logique purement mercantile, l’accent a été mis sur la création de l’Euro qui a été présenté aux populations comme la clé d’une future prospérité en oubliant les efforts nécessaires pour produire de la richesse et préserver les équilibres. L’Euro est ainsi devenu la tour de Babel de l ‘Union. Il devait unifier les économies. Il est en train de les faire diverger, certains pays étant obligés d’accepter les conditions draconiennes fixées par d’autres pour obtenir l’aide de Bruxelles. Manifestement les architectes de la monnaie unique se sont trompés et leur construction ressemble de plus en plus à la tour représentée dans le tableau de Brueghel.Cette crise de l’Euro est un signe des temps. Elle va obliger les leaders européens à revenir à l’essentiel c’est-à-dire la construction politique sauf à naviguer d’un écueil à l’autre comme nous l’avons vu dans la dernière période. L’Euro, témoin de l’arrogance du monde financier des vingt dernières années, devra être réformé et mieux adapté aux capacités économiques réelles des pays qui l’ont choisi. Cette remise en cause rappelle aux chrétiens que la vie en société ne peut être fondée sur la seule logique du marché. Pour être en lien, nous avons besoin d’être différents et fraternels en mettant en place des règles et une éthique sociale.Pr. Jean-Jacques Friboulet