On parle souvent du «oui» de Marie, mais plus rarement de celui de Joseph.
Et pourtant, il est aussi, à sa manière, déterminant. En plus, Joseph n’a pas
prononcé un, mais deux «oui» au projet de Dieu; deux «oui» qui sont comme des
invitations pour nous à l’imiter à l’approche de Noël.
Le premier oui que l’on peut retenir est le dernier dans l’ordre du récit,
mais c’est souvent celui auquel on pense spontanément. Ce «oui» est
l’acceptation par Joseph du projet de Dieu. Ce «oui» nous montre comment Joseph
est au bout de la chaîne de l’Alliance faite avec Abraham qui est présentée au début
de l’Evangile de Matthieu.
Dans la lignée des grands personnages bibliques, Joseph s’entend dire «ne
crains pas», il rencontre Dieu dans un «songe». Surtout, comme ses ancêtres, il
réalise que Dieu vient le visiter pour pleinement réaliser le projet qu’il
porte au cœur (il peut bien épouser Marie), mais le réaliser sous une forme
inattendue (cette union aura pour finalité d’accueillir le Fils de Dieu
Lui-même).
Si Joseph peut, dès son réveil, faire ce que «l’ange du Seigneur lui avait
prescrit» c’est parce qu’il sait, par l’histoire du peuple élu dont il est
l’héritier, que Dieu ne vient pas abolir mais accomplir les désirs les plus
profonds qui se trouvent dans le cœur de l’homme et les fait concourir à son
projet.
On pourrait en rester là et s’extasier devant la belle figure biblique de
Joseph. Pourtant, il faut se pencher aussi sur le second «oui» de Joseph.
Celui-ci est plus caché et il attire moins l’attention car on lit trop souvent
ce récit de l’annonce faite à Joseph en ayant la fin de l’histoire en tête. Or
le Joseph qui décide de ne pas condamner sa femme à mort ne sait pas encore que
celle-ci est enceinte par l’action de l’Esprit-Saint. Quand il apprend la
nouvelle, Joseph est un homme sans doute déboussolé, mais qui s’attache à la
seule chose qui compte pour lui: l’amour qu’il porte au fond de son cœur.
"C’est parce qu’il [Jospeh] aime, malgré tout, cette fiancée qu’il permet à l’œuvre de Dieu de s’accomplir".
Cet amour lui fait considérer Marie autrement qu’une femme qui l’aurait
trompé. Cet amour lui fait regarder la loi comme autre chose qu’un instrument
dont il pourrait se servir pour assouvir sa vengeance. Ici, il n’y a pas de
songe ou d’ange qui disent à Joseph ce qu’il doit faire. C’est parce qu’il
aime, malgré tout, cette fiancée qu’il permet à l’œuvre de Dieu de s’accomplir.
C’est parce qu’il place la miséricorde comme horizon de la loi que Joseph
apparaît comme un homme juste, que son attitude appelle et annonce la venue du
Christ. Le Fils de Dieu a voulu que sa naissance dépende de cet acte, beau,
mais très humain, d’un homme à l’honneur bafoué qui choisit l’amour plutôt que
la haine, la confiance plutôt que la vengeance.
A l’approche de Noël, gardons en mémoire ces deux «oui» de Joseph et
tentons de les faire nôtres. Le oui «extraordinaire» qui nous déplace
profondément, qui bouscule nos projets et où la présence de Dieu est
perceptible; le oui «ordinaire», celui des gestes d’amour que nous posons, sans
parfois nous en rendre compte. L’un ne va pas sans l’autre. L’un et l’autre
préparent la Venue du Christ en notre monde.
Jacques-Benoît Rauscher | Vendredi 20 décembre 2019
Mt
1, 18-24
Voici comment fut engendré Jésus Christ :
Marie, sa mère, avait été accordée en mariage à Joseph ;
avant qu’ils aient habité ensemble,
elle fut enceinte par l’action de l’Esprit Saint.
Joseph, son époux,
qui était un homme juste,
et ne voulait pas la dénoncer publiquement,
décida de la renvoyer en secret.
Comme il avait formé ce projet,
voici que l’ange du Seigneur
lui apparut en songe et lui dit :
« Joseph, fils de David,
ne crains pas de prendre chez toi Marie, ton épouse,
puisque l’enfant qui est engendré en elle
vient de l’Esprit Saint ;
elle enfantera un fils,
et tu lui donneras le nom de Jésus
(c’est-à-dire : Le-Seigneur-sauve),
car c’est lui qui sauvera son peuple de ses péchés. »
Tout cela est arrivé
pour que soit accomplie
la parole du Seigneur prononcée par le prophète :
Voici que la Vierge concevra,
et elle enfantera un fils ;
on lui donnera le nom d’Emmanuel,
qui se traduit : « Dieu-avec-nous ».
Quand Joseph se réveilla,
il fit ce que l’ange du Seigneur lui avait prescrit :
il prit chez lui son épouse.