Rome, entre Noël et Nouvel An. J’essaie d’être autant attentif aux beautés artistiques et spirituelles des basiliques et des églises (et je ne suis pas déçu!) qu’à la vie trépidante et futile des places et des rues.Cette année, le dernier gadget touristique, sur les escaliers de la place d’Espagne ou les trottoirs du Colisée, est une boule (couleur fluo, grandeur tennis et même décorée d’un sourire!) que l’on jette sur le sol ou sur une table et qui semble éclater et s’écraser comme de la boue ou de la neige, puis progressivement en quelques secondes reprend sa forme de boule souriante.Or il se trouve que les vendeurs ont tout sauf l’air italien. Ce ne sont plus les Africains des dernières décennies (où sont-ils ceux-là?) mais une armada de jeunes hommes basanés qui ont l’air vaguement indien ou pakistanais («Where are you from?», osé-je. «Bangladesh!», ose-t-il)Ma conscience m’interroge. Je passerai sur les différentes mafias qui tournent dans ces milieux et les font tourner. Je n’essaierai même pas d’imaginer les étapes de la route qui a conduit ces jeunes des taudis bengalis aux portiques des basiliques majeures. Mais je me demande ce qui doit se passer dans la tête de ces gens obligés de vendre des boules fluos qui ne servent à rien, en pensant à des femmes, des mères et des enfants qui souffrent là bas au bout du monde.Quel regard est-ce que je porte sur eux? Quel regard portent-ils sur nous, Européens? De quel côté se niche la dignité dans toute cette histoire?Et c’était le 28 décembre, fête des Saints Innocents, où la liturgie nous invite à «écouter pleurer Rachel au lendemain de Noël» et à nous souvenir «de ses fils traqués dans l’ombre».Mon année finira comme cela. Cela ne peut qu’aller mieux en 2014. Bonne année sans boule fluo!