On a peur pour l’Église. Le nombre des participants aux activités diminue, les rentrées financières également, on a l’impression que la société déchristianisée nous est hostile ou, pire, nous ignore superbement.
Qu’arrive-t-il à notre Église? Sera-t-elle encore là dans deux ou trois générations? On serait tenté de répondre à la peur par l’activisme. Mais n’est-ce pas tenter de la cacher derrière le nuage de fumée d’une réorganisation structurelle. On se dit que c’est le tout dernier moment, mais que si on s’y met tous «on sauvera l’Église»… ?!?!
Dieu seul peut sauver l’Église. Ce qu’il nous faut à nous, c’est du courage. Mais qu’est-ce que le courage? C’est une vertu, c’est-à-dire une disposition intérieure qui dirige notre agir vers l’excellence, qui nous permet d’être au mieux ce que nous sommes appelés à être. Le courage est cette vertu particulière qui nous apprend à vivre avec la peur. Il empêche qu’elle prenne toute la place, qu’elle nous sidère, nous paralyse, nous cloue sur place à regarder impuissants et fatalistes la belle construction s’effondrer.
Mais il empêche aussi qu’elle n’ait aucune place. «Même pas peur!» dit le jeune intrépide. «Pas de problèmes, on va vous réorganiser tout ça!», dit le manager engagé à grands frais. Le courage, lui, sait à la fois le danger d’une peur excessive, mais aussi celui de son absence.
«Le nombre ne fait pas l’Église»
Il y a une Église qui, il y a 60 ans, a vécu cette peur de la disparition, c’est l’Église d’Algérie. Suite à la guerre, et au retrait massif des Français qui constituaient le gros de ses fidèles, elle s’est retrouvée d’un jour à l’autre dépouillée, avec des lieux vides, presque sans prêtres et sans fidèles. Fallait-il alors tout fermer et rentrer en France avec les autres? Le cardinal Duval, dans un geste prophétique, a pris l’option inverse. Il a choisi de ne pas être sidéré par la peur de n’être plus rien, il n’a pas choisi non plus de la nier en faisant des projets grandioses. Non, il a été un vrai courageux, c’est-à-dire qu’il a appris à vivre et à avancer au milieu de cette peur.
Peut-être est-ce grâce à cela que cette Église, restée pauvre et fragile - elle n’a pas retrouvé les foules d’antan et reste constituée en grande partie d’étrangers -, a porté des fruits inattendus et qu’elle peut offrir à la terre algérienne et au monde ses prophètes et ses martyrs, le cardinal Duval, l’archevêque Henri Teissier ou les 19 martyrs d’Algérie. Leur béatification en 2018 à Oran, dans le pays même, a eu un impact qui dépassait de loin l’insignifiance numérique de l’Église.
Le nombre ne fait pas l’Église. Ne nous laissons alors pas paralyser par la peur que les Églises se vident. Le pape François, à propos d'un évêque qui, au moment du COVID, avait peur que les fidèles confinés se déshabituent de venir à la messe: Si ces personnes "venaient à l'église par habitude, il vaut mieux qu'elles restent chez elles. C'est l'Esprit-Saint qui appelle les personnes" (La Croix, 30/10/20). Sommes-nous prêts à risquer cette pauvreté et cette fragilité dans la conviction et la confiance que l'Église n'est pas exclusivement de notre fait? Elle ne sombrera pas à cause de nos maladresses, ni même si nous le voulions. L'Église véritable sera toujours l'Église que Dieu veut, l'Église corps du Christ, l’Église issue du souffle de l'Esprit de Pentecôte qui entretien notre courage. Lui faisons-nous suffisamment confiance?
Thierry Collaud
19 mai 2022