Le québécois André Myre n’est pas totalement un inconnu de ce côté-ci de l’Atlantique. Pour mémoire, il avait notamment écrit un livre très étrange et étonnant intitulé «Lui» qui était en fait une traduction libre de l’Evangile de Marc dans un contexte montréalais contemporain. Nous en avions parlé dans un billet précédent et avions aussi évoqué son parcours atypique.
Cette fois-ci, il s’est attaché à commenter l’Evangile de Jean; et ce nouveau livre est intitulé «Crois-tu ça?». Le résultat est, de manière assez prévisible, un commentaire tout aussi original que le «Lui» précédemment publié.
Et comment se manifeste cette originalité?
• Les résultats exégétiques auxquels parvient André Myre (et dont on ne peut contester les compétences; il a été bibliste à la faculté de théologie de Montréal durant 27 ans!) le décident à ne commenter qu’une partie de l’Evangile de Jean: les chapitres 1-12 qui englobent les 7 signes/miracles johanniques.
• André Myre choisit une typographie qui illustre l’hypothèse selon laquelle l’Evangile de Jean serait une œuvre composite avec plusieurs intervenants, et qu’il nomme de façon très originale «parenthésiste», «catholique» et «rénovateur».
• La traduction est extrêmement différente de celle que l’on retrouve dans nos Bibles. Elle s’éloigne des conventions habituelles, mais reste solidement fondée sur une base exégétique claire. Ainsi, le premier verset du prologue de Jean (Jn 1,1) est le suivant: «Au commencement, il y avait le Dire, et le Dire était orienté vers Dieu, et divin était le Dire (…)». On pourrait évidemment faire des rapprochements avec la traduction d’André Chouraqui à première vue.
• Tout comme dans «Lui» de l’Evangile de Marc, André Myre est intéressé à faire ressortir la radicalité maximale du message que Jésus annonce, ce qui le conduit à contester tout système comme étant finalement mortifère pour la personne humaine.
Sans plus s’étendre sur la discussion (nécessaire) sur les choix exégétiques d’André Myre et de leur validité, il faut saluer cette démarche inhabituelle qui bouscule les procédés exégétiques ordinaires à l’œuvre dans la majorité des livres que nous achetons. Bref, un commentaire sur la première moitié de l’Evangile de Jean à ne pas rater. En particulier, l’introduction, très brillante et très accessible qui aidera n’importe qui à mieux comprendre les enjeux posés par la rédaction et la structure de l’Evangile johannique, et ses implications théologiques fondamentales pour le lecteur d’aujourd’hui.
Ce livre (ainsi que bien d'autres documents) est dès à présent à votre disposition au CIDOC! Vous pouvez consulter la notice ici.
Robin Masur, Chef de service
Centre pour l’information et la documentation chrétiennes
Boulevard de Grancy 29 1006 Lausanne