« L’eau parle sans cesse et jamais ne se tait. »
Octavio PazEn ouvrant nos cinq sens pour laisser pénétrer le mystère de l’eau au plus profond de nous-mêmes, nous laissons résonner le Souffle de la Parole créatrice qui planait sur les eaux dès l’origine (Gn 1,1). Toutes les réalités façonnées par les vibrations de l’air émises par la Parole sont une épiphanie du Créateur, une manifestation de sa Splendeur comme la lumière qui traverse le vitrail sans se confondre avec lui.« Le propre de la Divinité c'est de se répandre à travers tout, et de s'étendre dans toutes ses parties à la nature de ce qui existe ; rien ne peut en effet subsister dans l'être, sans rester dans le sein de celui qui a l'être; et la nature divine est ce qui existe par excellence et avant tout. Qu'elle soit partout dans l'univers, c'est ce que la permanence du monde nous oblige de toute nécessité à croire. » Extrait de: Grégoire de Nysse, Discours catéchétique, n° 32Pour saint Bonaventure, lire les Ecritures, c’est retrouver le livre du monde (la création) et lire le livre du monde à travers les Ecritures, c’est retrouver le sens de la louange. Hexaëmeron, XVIII, 25 (V,418)
A l’image de la rosace d’une cathédrale, la multitude de nos expériences de l’eau vont être autant de richesses partagées au cœur de l’Eglise dans la mouvance de l’orientation du soleil et des aléas du temps. Il n’y a aucune place pour la rigidité des définitions sclérosantes où la parole humaine, les concepts et les idées ont soudain la prétention de l’absolu, prérogative qui appartient à la seule Parole divine.En laissant pénétrer le mystère de l’eau à travers mes cinq sens, je laisse son immense plénitude m’envahir. Elle qui n’a pas de forme, qui est inodore, incolore, insipide et qui pourtant sera capable d’accueillir toutes les odeurs, toutes les saveurs, toutes les couleurs… Elle est capable de s’adapter à toutes les formes du terrain et à épouser toutes les formes des contenants qui l’accueillent.Souvent on entend dire, l’eau ? C’est le symbole de la vie ! Ce n’est pas faux mais l’eau nous révèle un plus grand Mystère encore. (Cf. Calendrier interreligieux 2011-2012) L’eau est un symbole de la VIE, de toutes les potentialités infinies de la Vie. L’Eau vive qui jaillit du cœur du Christ sur la croix (Jn 19,34), l’Eau vive proposée à la samaritaine (Jn 4) et qui dépasse toutes ses espérances en venant puiser l’eau du puits de Jacob.Lorsque « Justice et Paix » nous rappelle que la moitié de la population mondiale n’a pas un accès adéquat à l’eau, il ne faut pas se contenter de parler de développement durable (même si c’est urgent et essentiel) mais d’un accès essentiel à la contemplation, à la rencontre du Christ. La moitié de la population mondiale n’a plus de puits pour venir puiser l’eau pure. Comment, dans ces circonstances, l’Evangile peut-il être annoncée de façon crédible quand des millions de chrétiens gaspillent l’eau pour leur confort et la production à outrance pour satisfaire leur surconsommation ?La contemplation à travers le langage symbolique… une douce rêverie ?Abbé Maurice Queloz