Joe Sacco… ce nom vous dit-il quelque chose? C’est un curieux homme, petit et binoclard qui réussit à combiner ses talents de dessinateurs BD avec des compétences avérées de journaliste. Il y a deux semaines, nous vous parlions déjà de deux BD-reportages. Or il faut savoir que tant Guy Delisle que Sarah Glidden doivent beaucoup à Joe Sacco et à son approche originale.Connu pour être sensible à la cause de la Palestine (voir sa BD éponyme, également disponible au CIDOC), Joe Sacco n'est pas comme on pourrait le croire de prime abord, le militant d'une cause unique, puisqu'il s’intéresse avant tout à ceux dont on ne parle jamais... ou si peu!Dans sa dernière compilation d’enquêtes, Reportages, il est question du calvaire des femmes tchétchènes, de la difficulté d'enquêter sur les crimes de guerre d'ex-Yougoslavie, sur les maisons palestiniennes détruites dans la bande de Gaza, sur l'Irak et la torture pratiquée par les militaires américains, et même sur les intouchables du nord de l'Inde. N'en jetez plus!Mais s’il ne fallait lire qu’une seule histoire de Reportages, ce serait les 40 pages consacrées aux innombrables immigrants africains débarqués sur l’île de Malte. Joe Sacco y donne équitablement la parole tant aux habitants qu’aux réfugiés. Le résultat est vraiment impressionnant: on comprend très bien les points de vue des deux camps, et pourquoi la question des immigrants génère tant d'hostilité et de réactions épidermiques. Le sentiment de déjà vu est très fort pour un lecteur suisse, tant la question de l'accueil des migrants est devenu un problème politique incontournable.Un coup de poing dans l’estomac à lire de toute urgence!
Bon à savoir:
Sacco est lui-même binational américain et maltais. Il s'est expliqué sur son approche à plusieurs reprises (voir par exemple cette interview), mais la citation en exergue sur la quatrième de couverture de Reportages, est très limpide:«Je me soucie surtout de ceux qui ont rarement l'occasion d'être entendus, et ne crois pas qu'il m'incombe de contrebalancer leurs voix avec les excuses bien ourdies des puissants. Ces derniers sont souvent excellemment bien servis par les médias traditionnels et les organes de propagande. Les puissants doivent être cités, c'est vrai, mais afin de mesurer leurs assertions contre la vérité, non pour obscurcir celle-ci. Si je suis convaincu que le pouvoir a tendance à faire ressortir le pire des individus, j'ai observé que ceux qui sont moins bien lotis ne se conduisent pas forcément de façon irréprochable, et je me suis efforcé d'en témoigner.»
Reportages ainsi que Palestine sont dès à présent à votre disposition au CIDOC. Curieux, venez emprunter ces bandes-dessinées chez nous!Centre pour l’information et la documentation chrétiennes
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