Le lac Munkamba est un endroit idyllique du Kasaï, situé sur la frontière des deux provinces, à égale distance des deux capitales régionales. Mais, comme toute beauté il faut le mériter ; les routes pour s’y rendre sont déplorables : Au départ il y a des restes de macadam, puis plus rien, des pistes trouées de partout, avec des ensablements possibles à chacun des 100 km. C’est déjà toute une parabole de la vie spirituelle.
Mais une fois arrivé on oublie tout et on apprécie une eau pure dans un paysage doux de savane boisée. Le soleil levant y est splendide et les photos magnifiques, lorsqu’on peut surprendre les petits pêcheurs (ou pécheurs pour continuer la parabole) sur leur radeau de fortune au petit matin.
Dans la nuit obscure un vent de surface ou un bouillonnement venu des profondeur (disent les traditions locales) purifient le lac de tout déchet, systématiquement rejeté au dehors.
Les Kasaïens ont une préface (prière de louange) propre pour les messes des grandes occasions. Dans ce texte il y est fait allusion au lac Munkamba, comme une métaphore de Dieu, car les eaux du lac sont d’une très grande pureté.
Cette louange fait donc le pont entre une expérience physique (la pureté et l’autopurification d’un lac) avec un credo spirituel : Dieu est tellement pur et saint qu’il refoule, depuis les forces de ses profondeurs, ou par son Souffle de surface, toute impureté.
Cette façon très africaine de faire de la théologie me nourrit et m’impressionne.
Guy Luisier