L’UBS vient d’illustrer le proverbe chinois selon lequel l’expérience est un peigne pour les chauves. Rappelons les faits. En octobre 1932, le gouvernement de M. E Herriot fait perquisitionner les locaux de la Banque Commerciale de Bâle à Paris. Il y découvre une liste de plus de mille noms de personnalités impliquées dans des mouvements de fonds non déclarés vers la Suisse. Le gouvernement fait emprisonner le directeur et le sous-directeur de cette banque. Ce dossier entraîna un lourd contentieux entre la France et la Suisse qui ne fut réglé, par la négociation, que douze ans plus tard.Juin 2013 - la filiale d’UBS en France a été mise en examen pour «complicité de démarchage illicite» et a été placée sous le statut de témoin assisté pour «blanchiment de fraude fiscale». Un ancien directeur de cette banque est également mis en examen pour les mêmes raisons. Le scénario se répète puisque les affaires de la Banque Commerciale de Bâle ont été reprises en 1945 par la SBS qui a elle-même pris la tête de la fusion UBS-SBS en 1998.Saint Augustin disait dans ses sermons que «commettre des erreurs est le propre de l’humain, mais il est diabolique de persister dans l’erreur par orgueil». C’est bien le cas ici. La pratique réitérée de l’UBS est diabolique pour trois raisons. Elle aggrave les difficultés de relation entre la France et la Suisse à un moment où les deux pays sont engagés dans une discussion sur le contenu des conventions de double imposition. Elle affaiblit ipso facto la position de la Suisse dans les négociations avec l’Union européenne sur la fiscalité de l’épargne et l’échange automatique d’informations qui devrait remplacer à terme le secret bancaire. Elle met en difficulté les salariés de la banque en particulier le personnel français qu’elle a rendu complice de pratiques qui sont aujourd’hui étalées dans la presse et discutées devant la justice.Enfin elle jette une grave suspicion sur les règles éthiques que la banque s’est engagée à appliquer sous sa nouvelle direction. Comment croire que sa culture d’entreprise a profondément changé alors qu’elle ne s’est pas publiquement excusée pour ces démarchages illicites qui lui ont déjà valu de lourdes amendes aux USA. C’est tout un modèle d’affaires qu’il s’agit de remettre en cause de façon explicite. Comment la population suisse pourrait-elle renforcer sa confiance dans une institution qui a multiplié les amendes versées durant la dernière période pour un total de plus de 2500 millions de dollars? Faut-il rappeler qu’une des premières règles de l’éthique des affaires est le respect de la législation des pays d’accueil?Si l’on prend en compte la situation des grandes banques suisses, la phrase de Saint Augustin est également vérifiée. Leur comportement, tel celui du diable, divise gravement le pays comme on peut le constater au parlement aujourd’hui. Certes les dommages collatéraux causés par la collecte de capitaux à tout prix seront un peu réduits grâce à l’intervention des pouvoirs publics et des contribuables. Mais cette façon de reporter sur la collectivité les conséquences de ses errements ne peut durer. Il est temps que ces dérives soient prises en charge par les banques elles-mêmes et qu’elles assument la responsabilité de leur modèle d’affaires comme n’importe quelle entreprise de ce pays.Jean-Jacques Friboulet