Nous vivons une période d’intense transformation économique. Deux évènements récents en attestent. L’accord de libre-échange entre la Chine et la Suisse et la fin du secret bancaire.
Depuis la deuxième guerre mondiale, la Suisse défend les accords de libre-échange. Elle y a intérêt avec les grands pays puisque ceux-ci ouvrent d’immenses marchés à son industrie. Ce fut le cas pour le Japon en 2009 et plus récemment avec la Chine en 2013. Ces accords complètent ceux signés avec l’Union européenne. Mais l’accord avec la Chine a une signification particulière. D’abord il est le premier signé avec une démocratie du continent européen. Il marque donc la fin de l’isolement économique de ce grand pays d’Asie sous nos latitudes. Après avoir investi de gros moyens dans l’hémisphère sud, la Chine veut ouvrir, pour son industrie et son agriculture, la porte du monde dit développé. C’est une date historique si l’on se rappelle la dépendance dans laquelle se trouvait l’économie chinoise jusqu’en 1980. Elle nous ramène aux temps anciens d’avant le XVème siècle où ce pays était le plus avancé au niveau technologique et artistique et où il nous transmettait ses inventions Mais bien sûr il ne faut pas être naïf. La Chine, compte tenu de sa taille et de sa puissance économique, aura toujours des visées impériales. Nos autorités devraient s’en souvenir et insister sur la garantie des droits fondamentaux de la personne quand elles signent ce type d’accord. Cela n’a pas été suffisamment fait. Il est dangereux d’échanger son âme contre de réelles concessions commerciales.Le second élément à mettre en avant est la fin du secret bancaire avec les Etats-Unis et l’Union européenne. Elle est un deuxième indice du basculement du monde et de la nouvelle importance de l’Asie. Les banques suisses demandent aux clients européens et américains une déclaration de conformité fiscale avant la fin de 2014, faute de quoi leurs comptes seront clôturés. C’est la fin d’une époque inaugurée dans les années 1930. C’est également la fin d’un modèle d’affaires qui va mettre en difficulté les petites banques ayant une grosse clientèle américaine et européenne. Gageons que nous allons assister dans les prochains mois à une restructuration du système bancaire suisse avec de nombreuses fusions ou disparitions de petites banques. Les autorités devraient anticiper pour rendre les conséquences sociales d’un tel processus les moins douloureuses possibles.Dans un tel contexte de changements extrêmement rapides de l’économie mondiale, il n’est pas d’autre choix, pour un pays comme la Suisse, que de s’adapter. Le rôle du politique est de construire des transitions et de préserver le rôle régulateur des pouvoirs publics (Confédération, Cantons, communes) en ménageant leurs moyens financiers. Toute décision non réfléchie de baisse générale des impôts, en particulier pour les entreprises, ne pourrait être durable surtout à une époque où le vieillissement de la population impose inévitablement une augmentation des dépenses sociales.Jean-Jacques Friboulet