Une phrase de l’Evangile de dimanche dernier m’a frappé. « N’exigez rien de plus que ce qui vous est fixé ». Et j’ai imaginé Jean Baptiste parlant aux top-managers des firmes multi- nationales ou des grandes banques. Il est sûr que les super-bonus, les parachutes dorés ou les tickets d’entrée exigés par certains pour prendre leur fonction aujourd’hui auraient été condamnés par le précurseur de Jésus.Mais allons plus loin et réfléchissons à la justesse des rémunérations. En ce qui concerne les salariés, les entreprises et l’Etat décident de l’échelle des rémunérations en fonction des qualifications, de l’expérience acquise et de leurs recettes. La rémunération ne sera pas la même, à qualification égale, dans le secteur de la santé et dans celui des banques par exemple. Cette différence obéit à une situation économique. Interviennent aussi le niveau de responsabilité des personnes et la situation de la conjoncture. L’existence d’un chômage important pèse sur les rémunérations. Mais l’échelle des salaires est au bout du compte conventionnelle et s’inscrit dans une fourchette de 1 à 20 dans le secteur privé, de 1 à 12 dans la fonction publique. Elle ne suscite pas de grandes critiques de la part de nos concitoyens.Il en va autrement des rémunérations des top-managers. Alors que celles-ci étaient égales au maximum à 40 fois le salaire minimum de l’entreprise dans les années 80, elles atteignent parfois un niveau équivalent à 400 fois ce salaire aujourd’hui. Y-a-t-il une justification économique à un tel écart? Ses partisans le justifient par la loi du marché. Or, à ce niveau, les rémunérations ne sont pas décidées sur un véritable marché mais dans des comités restreints qui ne rendent compte qu’au conseil d’administration des firmes. Certes il est légitime que les managers soient spécifiquement intéressés au succès de l’entreprise, autrement dit qu’ils touchent une part du profit. Mais c’était déjà le cas dans les années 1980. La dérive actuelle n’a donc aucune justification économique. Elle est le fruit de la suppression de règles de bon sens politiques et éthiques. Seul leur rétablissement sera de nature à faire revenir ces rémunérations dans le cadre de la raison économique en permettant aux entreprises de retrouver une capacité normale de financement pour leurs investissements et d’assurer ainsi l’emploi à long terme.Jean-Jacques Friboulet