Notre nouveau pape n’arrête pas de surprendre par son langage simple et direct. Personnellement, je prends un grand intérêt à découvrir ses homélies sur les sites catholiques d’information. Dans celles-ci un des thèmes récurrents, à la suite de François d’Assise, est la pauvreté.Sous la plume du pape, la pauvreté a plusieurs sens. D’abord il ne la confond pas avec la misère qui est à combattre absolument. Celle-ci que j’ai rencontrée dans les villes ou les bidonvilles du Nord et du Sud implique que l’on ne sache pas le matin ce que l’on pourra manger ou donner à manger à ses enfants dans la journée, que l’on n’ait pas un endroit sûr où passer la nuit ou que l’on ne puisse pas se soigner. La misère coïncide avec la survie et non avec la vie. Je lisais récemment qu’en France voisine, il y a plus de 140 000 personnes qui vivent dans la rue dont plus du tiers d’enfants et un pourcentage identique de femmes. Ces chiffres, qui ont doublé en dix ans, sont alarmants et peuvent être généralisés à plusieurs pays d’Europe. Nos sociétés dites développées engendrent des situations infrahumaines dont la cause principale est le chômage de longue durée. Celui-ci est un mal absolu.La pauvreté telle que nous l’entendons aujourd’hui en Europe n’est pas cela. Elle est assimilée à une privation de capacités, privation qui impose de graves restrictions aux libertés des personnes: privation de revenu due aux failles de la protection sociale ou aux trop bas salaires, privation dans les domaines de l’éducation ou de la santé, privation d’existence sociale due au chômage temporaire ou à l’extrême solitude, privation de la citoyenneté par le handicap ou l’exclusion. La pauvreté dans nos sociétés est multidimensionnelle. Elle ne peut être prise totalement en charge par les pouvoirs publics et de nombreux chrétiens heureusement sont très actifs dans ce domaine. Mais le pape a raison de souligner que cette action, pour les baptisés, n’est pas une matière à option. Comment rencontrer le Christ si l’on ne reconnaît pas sa propre vulnérabilité et celle de ses frères? Jean Vanier, le fondateur de l’Arche, a écrit de magnifiques pages sur ce sujet. Savons-nous reconnaître le prochain comme l’a fait le Samaritain? Nos sociétés sont tombées dans une certaine routine. On paye des impôts et par ce biais on finance les services sociaux. Que deviennent les personnes en grande difficulté que ces services, pour des raisons réglementaires ou l’absence de signalement, n’ont pas pu prendre en compte?Mais la pauvreté pour François a une dernière signification. Il s’agit d’un style de vie simple qui doit nous permettre d’être davantage ouvert au travail de l’Esprit. Benoît XVI avait déjà mis l’accent sur ce sujet dans Caritas in Veritate. Se détacher d’un certain nombre de contraintes matérielles permet de lâcher-prise et donc davantage d’ouverture à l’écoute et à la rencontre des personnes. Il s’agit de faire de la place pour ne plus être pris tout entier dans le contrôle et la gestion des choses. Pour un économiste la voie proposée par François est difficile. Nous sommes formés à apprendre et à enseigner la gestion des biens et des services. Il s’agit donc, au-delà des choses, de voir les personnes, de reconnaître leur valeur et de leur donner la priorité. Vaste programme mais programme nécessaire pour les chrétiens dans un monde où la richesse matérielle étouffe trop souvent les paroles de vie de l’Evangile.