Le pape s’est rendu récemment en Algérie. Je veux revenir ici sur plusieurs éléments forts de ce voyage. Il faut d’abord se souvenir des tempêtes qu’a traversées l’Eglise en Algérie. Grâce au cardinal Duval qui a refusé d’assimiler la communauté catholique à la communauté française dans les années 1960, l’Eglise a été reconnue officiellement par les autorités algériennes. Depuis le Concile, elle vit dans un esprit de liberté religieuse, partageant avec le peuple algérien ses joies et ses peines, et pratiquant de façon authentique la vertu de charité. C’est ce qu’ont démontré les 19 martyrs de cette Eglise qui ont été béatifiés en 2018.
M’étant associé à Fribourg à la cérémonie en l’honneur de cette béatification, je m’étais posé la question des fruits de ce martyre. Ils sont nombreux. En témoignent les visites qu’ont faites des milliers de musulmans au monastère de Tibhirine, aujourd’hui habité par la Communauté du Chemin Neuf. Le voyage du pape Léon XIV en est un nouveau fruit. Celui-ci a été l’objet d’un accueil chaleureux et respectueux comme l’illustrent les propos du Recteur de la Grande Mosquée d’Alger ou du Président Tebboune. Le Pape a pu réaliser une visite pastorale, rencontrant et priant avec les diverses communautés catholiques d’Alger et d’Annaba.
Un deuxième élément important est les paroles de paix et de vérité qu’a prononcées le souverain pontife tout au cours de sa visite. Au monument du mémorial du Martyr qui commémore les victimes de la guerre d’indépendance à Alger, il a déclaré «que la véritable lutte pour la libération ne sera définitivement gagnée que lorsque la paix des cœurs aura enfin été conquise. Je sais combien il est difficile de pardonner, cependant, alors que les conflits continuent de se multiplier partout dans le monde, on ne peut pas ajouter du ressentiment au ressentiment, de génération en génération». Ces propos ont dû aller droit au cœur des Français originaires d’Algérie qui n’ont toujours pas eu l’autorisation d’aller se recueillir sur les tombes de leur famille.
Le troisième élément qui m’a frappé au cours de cette visite en Algérie est la vitalité des communautés catholiques rencontrées.
Un autre thème important abordé par le pape est celui de la liberté dans un pays étroitement contrôlé où les droits de l’homme ne sont pas respectés. Il a parlé de cette question en se tournant vers l’avenir. Il a exhorté le Président «à promouvoir une société civile vivante, dynamique et libre dans laquelle on reconnaisse en particulier aux jeunes la capacité de contribuer à élargir l’horizon de l’espérance pour tous». Ces paroles de vérité ont été soulignées par les observateurs qui ont noté combien tout au cours de son périple africain, le pape avait eu le souci de parler clairement aux dirigeants et aux populations.
Le troisième élément qui m’a frappé au cours de cette visite en Algérie est la vitalité des communautés catholiques rencontrées. Tant les témoignages que les prières et les chants illustraient la foi des participants aux manifestations. Le pape exerçait son rôle de pasteur pour des brebis qui étaient heureuses d’être reconnues et avec qui il était particulièrement chaleureux. Dans les églises il y avait beaucoup d’étudiants africains venant des pays voisins et poursuivant leur cursus en Algérie. Cette chaleur de la rencontre s’est pour suivie à Annaba où Léon XIV s’est inscrit dans les pas de son maître spirituel Saint Augustin. Cette visite était un clin d’œil à son pays d’accueil. Elle montrait que l’histoire de l’Algérie était forte depuis l’Antiquité et ne résumait pas aux moments compliqués et douloureux de la colonisation et de la décolonisation.
Tous les éléments cités ici doivent nous conduire à la louange. Louange pour cette terre d’Algérie qui a traversé des tempêtes et qui est toujours aussi vivante. Louange pour les témoignages si forts des religieux et des religieuses qui y ont résidé. Louange aussi pour l’Esprit qui a inspiré au pape une visite si riche de rencontres et d’espérance.
Jean-Jacques Friboulet
6 mai 2026