Homélie du 27 dimanche C (Lc 17, 5 -10) Croire, ce n’est pas rien faire! Au contraire, «lorsque tu auras fait tout ce que le Seigneur a commandé, dit: Je suis un serviteur inutile, je n’ai fait que mon devoir». Dans le fond, avoir la foi, c’est agir comme si tout dépendait de soi, et prier comme si tout dépendait de Dieu.
«Augmente en nous la foi!» demandent les apôtres à Jésus. C’est aussi le thème de la première encyclique de notre pape François, en juin de cette année. Son titre, Lumen Fidei, signifie «la lumière de la foi», une expression qui désigne le grand don apporté par Jésus, comme le dit l’Évangile de Jean «Moi, lumière, je suis venu dans le monde, pour que quiconque croit en moi ne demeure pas dans les ténèbres» (LF 1).De fait, par la foi, notre regard change, elle est lumière dans la vie du croyant. Grâce à elle, une autre réalité se révèle, plus réelle encore que le visible aux yeux de chair. Nous voyons alors Dieu qui nous appelle et nous révèle son amour. Un amour nous précédant et sur lequel nous pouvons nous appuyer pour être solides et construire notre vie. «Transformés par cet amour nous recevons des yeux nouveaux». La foi reçue de Dieu apparaît comme une lumière pour notre route, orientant notre marche dans le temps. (LF 4)Voilà en quelques mots l’encyclique, revenons maintenant à l’Evangile.Jésus a prêché sur les conditions d’accès au Royaume, et les Apôtres prennent conscience qu’ils ne sont pas à la hauteur. Ils réalisent leur impuissance: par eux-mêmes, il leur est impossible de suivre Jésus, de faire ce qu’il demande. Ainsi, le sentiment douloureux de leur impuissance et le besoin d’une aide venant de Dieu lui-même leur arrache ce cri, qui trahit leur angoisse – et peut-être aussi la nôtre: «Augmente en nous la foi!»Les apôtres, bien sûr les 12, ceux que Jésus a choisis et envoyés, les témoins de ses actions et enseignements. C’est le premier cercle, ceux qui ont entendu les paroles mêmes de Jésus. Ce sont donc les responsables de la communauté qui demandent de l’aide! Entendez bien! non pas des responsables hyper compétents, mais des responsables incapables qui appellent à l’aide.Interrogeons-nous: Pourquoi demander de l’aide? Et surtout pourquoi demander la foi?Eh bien, simplement, parce que Jésus demande quelque chose de très difficile. Etre croyant n’est vraiment pas évident, la foi n’est pas une évidence, le donné de notre foi, n’est pas évident! C’est d’ailleurs pour cela que la foi est souvent représentée comme un personnage aux yeux bandés. Car avoir la foi demande de voir l’invisible. Ou, pour mieux dire, avoir la foi permet de voir l’invisible.Si cet acte n’était pas évident pour les douze, durant la vie de Jésus, il n’est pas plus évident pour nous, 20 siècles plus tard. Vous le savez bien, Jésus ne s’entourait pas de gens intrépides, de héros, mais d’hommes ordinaires, avec leurs peurs, qui ont fui et qui ont été lâches. Cette poignée d’homme, pourtant, a été capable de très grandes choses. Après la résurrection, ceux qui avaient eu si peur vont porter la Bonne Nouvelle à toutes les Nations.Comment ont-ils pu être transformés à ce point? Par quel miracle des gens ordinaires ont-ils réussi à faire de l’extraordinaire? Eh bien par la foi! Celle qu’ils ont demandée d’abord, et celle qu’ils ont reçue ensuite.Pour réaliser de belles choses, des choses profondes et durables, des choses fécondes, il n’est pas nécessaire d’avoir beaucoup de foi. Voilà la Bonne Nouvelle de l’évangile de ce jour, un tout petit peu suffit! «Si vous en aviez gros comme une graine de moutarde, vous diriez au sycomore que voici: déracine-toi et va te planter dans la mer; et il vous obéirait». La graine de moutarde, c’est la plus petite des semences. Et le sycomore, par contraste, est l’arbre le plus difficile à déraciner. On dit du sycomore, une sorte de murier noir, qu’il peut résister six siècles aux intempéries! Cette image fantastique, du sycomore déraciné, signifie que la foi peut obtenir l’impossible. Oui, la foi nous ouvre l’impossible, car elle nous ouvre à Dieu! Dieu à qui tout est possible.Attention, la foi ne consiste pas en une attitude intellectuelle, en une connaissance de quelque vérité. La foi est d'abord une adhésion personnelle à Dieu. Newman disait qu'être chrétien, ce n'est pas ahérer à des articles de foi, ni même agir de manière conforme à la morale, non, être chrétien c'est posséder un sens souverain de la présence de Dieu en soi. Par la foi, notre intelligence renonce à son besoin de tout saisir. La foi est une disposition ferme à croire en Dieu et en ce qu’il nous a révélé. Ainsi, avoir la foi, c’est d’abord croire en Dieu, Père, Fils et Saint Esprit; c’est ensuite croire en ce que Jésus nous a révélé; c’est enfin croire en ce que l’Eglise enseigne.La foi est une vertu divine, un merveilleux don de Dieu. On ne peut pas la posséder sans d’abord la recevoir. La foi est un cadeau qui se reçoit. Cela ne veut évidemment pas dire que nous n’ayons rien à faire, cela ne veut pas dire que nous devions rester passifs, à attendre que le cadeau tombe du Ciel. Au contraire, recevoir est un acte humain éminemment actif, car Dieu attend toujours de l'homme qu'il collabore à son don. Disons de Dieu qu'il est comme un soleil voulant éclairer tous les hommes. Si nous fermons nos volets, le soleil ne pénètre dans la maison. Il dépend de nous que le soleil éclaire ou non notre intérieur. Il dépend de nous que sa lumière resplendisse dans nos yeux.Le curé d’Ars disait: «Ceux qui n’ont pas la foi ont l’âme bien plus aveugle que ceux qui n’ont pas d’yeux. Nous sommes dans ce monde comme dans un brouillard; mais la foi est le vent qui dissipe ce brouillard et qui fait luire sur notre âme un beau soleil».Lorsqu’un rayon de lumière entre dans une pièce, ce que l’on voit n’est pas la lumière elle-même, mais la danse de la poussière qui reçoit et révèle la lumière. De même avec Dieu, nous ne le voyons pas directement, mais nous saisissons comme un reflet de Dieu dans la danse des choses. Ceci explique pourquoi seul le «saut» de la foi nous permet d’atteindre Dieu.Au final, croire, ce n’est pas rien faire! Au contraire, «lorsque tu auras fait tout ce que le Seigneur a commandé, dit: Je suis un serviteur inutile, je n’ai fait que mon devoir». Dans le fond, avoir la foi, c’est agir comme si tout dépendait de soi, et prier comme si tout dépendait de Dieu. (St Ignace).Prions maintenant avec les mots de l’encyclique de la Sainte mère de Dieu: Mère de l’Église et Mère de notre foi.Ô Mère, aide notre foi !
Ouvre notre écoute à la Parole, pour que nous reconnaissions la voix de Dieu et son appel.
Éveille en nous le désir de suivre ses pas, en sortant de notre terre et en accueillant sa promesse.
Aide-nous à nous laisser toucher par son amour, pour que nous puissions le toucher par la foi.
Aide-nous à nous confier pleinement à Lui, à croire en son amour, surtout dans les moments de tribulations et de croix, quand notre foi est appelée à mûrir.
Sème dans notre foi la joie du Ressuscité.
Rappelle-nous que celui qui croit n’est jamais seul.
Enseigne-nous à regarder avec les yeux de Jésus, pour qu’il soit lumière sur notre chemin.
Et que cette lumière de la foi grandisse toujours en nous jusqu’à ce qu’arrive ce jour sans couchant, qui est le Christ lui-même, ton Fils, notre Seigneur!»
Amen.Père Jérôme Jean