Au Vatican se joue une étrange partie. Le synode sur la famille convoqué par le pape François a généré, après dix jours de débat, un texte traduisant la haute tenue des débats et leur claire visée pastorale. Le «rapport d’étape» publié ces jours-ci en atteste. Extraits: «Le changement anthropologique et culturel influence aujourd’hui tous les aspects de la vie et requiert une approche analytique et diversifiée, capable de percevoir les formes positives de la liberté individuelle». Plus loin: «Il faut prendre en compte le danger croissant représenté par un individualisme exacerbé qui dénature les liens familiaux et finit par considérer chaque composant de la famille comme une île, faisant prévaloir, dans certains cas, l’idée d’un sujet qui se construit selon ses propres désirs considérés comme un absolu».Les pères synodaux pointent, dans la société contemporaine, «une affectivité narcissique, instable et changeante qui n’aide pas toujours les sujets à atteindre une plus grande maturité. Dans ce contexte, les couples sont parfois incertains et ont du mal à trouver des manières pour grandir. Nombreux sont ceux qui tendent à demeurer aux premiers stades de la vie émotionnelle et sexuelle».Voilà pour le constat. Quant aux pistes pastorales, elles vont de l’ouverture aux divorcés remariés au regard bienveillant sur les personnes homosexuelles qui «ont des dons et des qualités à offrir à la communauté chrétienne».Ces éléments de réflexion portent la marque de François. Sa famille, c’est l’humanité, celle qui cherche, tâtonne, espère, croit. C’est celle qui connaît la séparation, la pauvreté, l’exil parfois, l’angoisse des lendemains. La famille de François, c’est celle de l’homme dans toutes ses dimensions.Le responsable de cette famille multiforme ne craint pas les défis. «Jusqu’où ira François?», se demande le journaliste du Figaro Jean-Marie Guénois dans un livre récent (Editions JCLattès). La réponse transparaît dans ce synode: le pape va plus loin, plus loin que les on-dits, que les craintes, que la peur de bousculer. Les résistances ne manquent pas et vont encore se faire jour d’ici octobre 2015.Mais une chose est sûre: la famille selon François rejoint tout homme, quel qu’il soit. C’est une école d’humanité. C’est surtout du bon sens évangélique en action.
Bernard Litzler