Kinshasa (RDC). Deux jours d’escale avant de m’envoler vers ma colline du Kasaï. Dans un quartier de banlieue de cette mégapole inhumaine, j’ai surtout les yeux fixés au sol pour éviter les trous, les flaques d’eau et la boue noire dans laquelle s’enfoncent des déchets en plastique, les pelures d’oranges, des feuilles de choux et de journaux...
Donnant un peu de répit à mon avancée courageuse, je lève les yeux et je vois une inscription salie sur une maison miséreuse : « La bonté sauvera le monde »...
Le théologien en moi, dans un premier mouvement, se rebelle : la citation juste (qui est de Dosteievski, je crois) dit plutôt la « beauté » que la « bonté »...
Question beauté, je ne suis pas gâté dans ce quartier et à cette heure qui suit une averse de la fin de la saison des pluies. Tout patauge dans la boue : mes pas, mes pensées, mon cœur, mon âme. Que suis-je venu faire dans cette galère ?
Puis je me calme. Beauté et bonté, ne sont-elles pas deux sœurs jumelles ? Ou plutôt les deux faces d’une même image de Dieu ?
Et tout à coup j’en ai la preuve. A quelques pas boueux de là, les Missionnaires de la Charité (Sœurs de Mère Teresa) accueillent dans une petite concession où se trouve leur couvent, des orphelins, des handicapés et des veuves âgées.
Lorsque rien n’est beau, lorsque tout est sale, pauvre, désespérément boueux, seule la bonté devient beauté. Elle sauvera le monde.