La veille de notre départ pour l’Europe, mon confrère et novice Albert qui m’accompagne pour 6 mois aux sources, à l’Abbaye, a été attaqué et dépouillé en pleine ville de Kananga, dans les heures de sieste, vers 14h.Pour accomplir quelques affaires liées à son voyage («tirer des cartes», c’est-à-dire ici faire des photos et les imprimer sur papier!), il va en ville et y emprunte une moto-taxi. Il semble être mal tombé puisqu’il eut affaire à un petit gang de jeunes qui l’ont embarqué sur une moto en faisant croire à un taxi et l’ont suivi avec 2 autres motos. Dans une rue déserte, ils l’arrêtent, le menacent, le dépouillent de tout: son argent, un téléphone, deux appareils de photos, un sac à dos, une montre, etc. Par chance mais par hasard, il avait laissé les billets d’avion et son passeport à la maison!La ville de Kananga est dangereuse à cause de la circulation désordonnée, de la petite délinquance (des jeunes) et, à certaines périodes, de la grande délinquance (des militaires par exemple, quand ils essaient de trouver des solutions au non-paiement de leur solde!).En métropole de Kinshasa c’est encore pire. Nous y fûmes quelques jours en transit. Albert, stressé à la fois par les événements passés et par les événements à venir (la découverte de l’Europe) fait des insomnies. A 3 heures du matin, il entend des pleurs persistants sous sa fenêtre. Lorsqu’il me raconte l’histoire le lendemain, il commente: Je n’ai pas bougé. D’habitude ce sont des voyous qui font semblant de pleurer pour qu’on leur vienne au secours. On descend dans la rue et ils nous tombent dessus!Au retour d’une visite à l’ambassade de Suisse, nous voyons un grand attroupement près du Stade des Martyrs. Je lui demande ce que c’est. Réponse laconique: «Certainement qu’on a abattu quelqu’un!»Je me rends compte qu’en notre monde vivre dans un pays en paix et en sécurité est une chance et une richesse que malheureusement les concernés trouvent «normales». Non, ce n’est pas la norme, c’est une précieuse conquête.
Guy Luisier