Les hauts:C’est la période de la récolte du maïs et nous sommes très contents de cette saison. Premiers pas vers l’autofinancement de la colline, nous avons vendu quelques sacs à des communautés en ville!Les mamans du village nous aident pour la récoltes des épis dans les champs... Des bassins bien remplis arrivent dans la cour intérieure de notre maison. Nous les égrenons, avec l’aide des enfants qui passent par là, attirés par les bonbons du Père blanc, ou l’aide des adolescents du village aimantés par le match à la télévision. Nous sortons le poste dans la cour et les yeux regardent les exploits de la France contre le Paraguay tandis que les mains égrènent les épis. L’ambiance est chaleureuse et sympathique plusieurs soirées...Chaque matin les sentinelles étendent les grains sur les pavés de la cour pour les sécher (exigence de conservation) et les rassemblent sous des bâches le soir pour qu’ils ne soient pas mouillés par la rosée du matin!L’autre jour, j’ai installé Guylaine avec une sucette jaune au milieu du maïs jaune et j’ai fait une photo pour conjurer le sort d’un Congo voué à la malnutrition...Les bas:Jeudi matin, à la messe, une maman est arrivée avec un bébé qui a crié pendant toute la célébration. Elle venait chercher une bénédiction parce que la petite souffre de la malaria. J’avais le cœur déchiré pendant toute la messe. (Et peut-être que c’est justement cela la messe!)Je sais que la malaria tue beaucoup dans le pays et surtout les enfants de moins de 5 ans... A la sortie un des frères me dit que c’est bien de venir chercher une bénédiction mais que ce serait mieux de «pouvoir» l’envoyer à l’hôpital. Cette idée me ronge les sangs.Mais comme rien n’est simple, après la bénédiction faite par mon confrère curé, je lui ai demandé si l’enfant va aller à l’hôpital, il m’a dit «oui, mais ce serait plus urgent de régler les affaires pas nettes qui se passent en famille... mais que toi tu ne peux pas comprendre, car tu ne crois pas aux liens entre les tabous et les maladies des enfants.»Que c’est compliqué et que cela me dépasse! Ma cervelle d’Européen n’arrive pas à faire le lien entre le moustique qui a piqué le bébé et l’ambiance délétère dans cette famille (revenants, deuil mal fait, réincarnation et vengeance).Il me faut de l’humilité, comprendre que bien des choses nous dépassent, s’en remettre à Dieu (dans une saine proportion)... C’est aussi cela le mystère de la messe...Ce matin, j’apprends que la petite fille est morte.
Guy Luisier