S’il jouait au rugby, il serait demi d’ouverture... Quelle audace et quel courage! Ce 11 février 2013, surprenant tout le monde, Benoît XVI a renoncé à sa charge. Le pontificat court imaginé par les cardinaux en 2005 ne se finira pas dans les aléas de la vieillesse et la surmédiatisation d’un pape affaibli. Quel coup de maître de la part du «simple et humble travailleur dans la vigne du Seigneur», l’expression est de Joseph Ratzinger lui-même! Un coup qui, à la fois, ouvre des perspectives nouvelles à l’Eglise et permettra à ses successeurs de renoncer également, s’ils sentent que leurs forces les abandonnent.Ce geste inattendu va éclairer ses huit ans de pontificat. Benoît XVI n’est pas crispé sur le trône de Pierre, installé sur une situation acquise. Cet homme à l’abord avenant a simplement essayé de porter la lourde charge de pape. Il ne peut plus, il se retire. Il va mener «une vie consacrée à la prière», explique-t-il dans son message de renonciation. L’histoire est simple, elle est belle. Fidèle à lui-même, il met en accord ses actes avec son discours: «Mon intention de fond a toujours été de libérer de ses parasites le véritable noyau de la foi et de lui rendre sa force et son mordant. Cette impulsion a été la véritable constante de ma vie», a-t-il .Le geste d’ouverture de celui qui ne souhaitait pas devenir pape (le «couperet» d’avril 2005 lui restait en mémoire) est phénoménal. Benoît XVI a déjà établi le programme de son successeur: «Continuer et saisir la dramaturgie de l’époque», «maintenir en vie la parole de Dieu comme parole décisive, et en même temps de donner au christianisme cette simplicité et cette profondeur sans lesquelles il ne peut agir».Simplicité et profondeur qui resteront la marque d’un pape «renonçant». Un vrai demi d’ouverture dans la forte mêlée ecclésiale.Bernard Litzler