Il est ophtalmologue et il dirige la Syrie. Bachar Al Assad a choisi, dit-on, ce métier car il n’aime pas la vue du sang. Aujourd’hui, ses méfaits et ceux de son armée font froid dans le dos. Comment peut-on en arriver à tirer sur sa propre population? De quelle mission se sent investi un président qui ouvre le feu sur les siens? De quelle terreur la Syrie se prémunit-elle quand son armée tire sur des opposants? L’ophtalomologue est devenu boucher. Un boucher qui n’a pas froid aux yeux. Des yeux qui ne veulent pas voir la montée des mécontentements, des oreilles qui restent sourdes aux cris d’un pays oppressé. Une cécité et une surdité volontaires entretenues par les hésitations occidentales. Nos chancelleries, paralysées par la Chine et par la Russie, se voilent la face et détournent leur regard d’une guerre civile qui s’amorce.Froid aux yeux, c’est ce que nous éprouvons sous nos latitudes hivernales. Un froid pénétrant, vif à l’extérieur, mais sans effet dans nos maisons bien chaudes. Ils n’ont pas froid aux yeux, par contre, nos médias qui rabâchent tous les jours: il fait froid, il va encore faire plus froid, etc. Le vrai froid, c’est celui qui tue, même en Europe. Situation honteuse que le bilan d’une semaine de gel intense: la faucheuse glaciale a emporté des centaines de vies en Pologne et en Ukraine notamment.Un autre qui n’a pas froid aux yeux, c’est l’évêque de Bâle, Félix Gmür. Il déplore la frilosité de notre politique d’asile: un étranger qui arrive en Suisse est au mieux considéré comme un réfugié économique, mais le plus souvent comme un criminel. Et l’évêque installé depuis un an déplore que, dans une certaine mesure, la xénophobie soit devenue socialement acceptable. Une importante partie de la population croit que de véritables criminels africains envahissent la Suisse, estime Mgr Gmür. Parfois, ce ne sont pas nos yeux qui sont refroidis, mais notre cœur. L’hiver nous envahit: les médias n’arrêtent pas d’en parler…Bernard Litzler