«La foi en Christ est un chemin de joie pour l’homme»: tel est, en substance, le contenu de dernier texte du pape François. L’exhortation apostolique Evangelii Gaudium, La joie de l’Evangile, parue le 26 novembre, est une attestation et un programme.
François, homme médiatique et populaire, trace un chemin de nouveauté, pas à pas. Il a dénoncé «la mondialisation de l’indifférence» à Lampedusa, tempêté contre «les évêques d’aéroport» et le carriérisme ecclésiastique, mis en place son «G 8», réformé la banque du Vatican. Nouvelle étape dans ce texte ouvert. «Le grand risque du monde d’aujourd’hui, avec son offre de consommation multiple et écrasante, est une tristesse individualiste qui vient du cœur bien installé et avare...», note-t-il. Plus loin: «Quand la vie intérieure se ferme sur ses propres intérêts, il n’y a plus de place pour les autres, on n’écoute plus la voix de Dieu...». Et le constat est sans appel, même pour l’Eglise: «Il y a des chrétiens qui semblent avoir un air de carême sans Pâques».
Et il n’oublie pas son ministère particulier: «Du moment où je suis appelé à vivre ce que je demande aux autres, je dois aussi penser à une conversion de la papauté». Et de se demander «comment rendre son ministère plus fidèle à la signification que Jésus-Christ entend lui donner». Il constate: «Une excessive centralisation, au lieu d’aider, complique la vie de l’Eglise et sa dynamique missionnaire». Autre constat: «la préoccupation exagérée, y compris chez les personnes consacrées, pour les espaces personnels d’autonomie et de détente, qui conduit à vivre leurs tâches comme un simple appendice de la vie». Résultat: l’Eglise est atteinte de la «psychologie de la tombe», qui transforme peu à peu les chrétiens «en momies de musée».
François a annoncé cette semaine qu’il allait obliger les évêques du Vatican à utiliser une pointeuse à partir du 1er janvier prochain. De fait, des voix hostiles commencent à se manifester au Vatican contre ces impulsions novatrices. Mais du siège de Pierre, une voix clame: «Ne nous laissons pas voler la joie de l’Evangile». Parole d’un homme qui «déménage»...Bernard Litzler