Un festival d'amour (vv.9-14)
Le Christ nous révèle une sorte de mouvement amoureux qui va du Père au Fils (9a), puis du Fils aux disciples (9b) et finalement des disciples aux disciples (12). Et chaque fois il s'agit d'aimer comme (9.10.12), à la manière du Père pour son Fils, puis du Fils pour l'homme.Comme le verbe "aimer" peut engendrer bien des illusions, Jésus précise (10) qu'il s'agit d'incarner cet amour, comme il l'a fait lui-même en fidèle partenaire d'alliance, en gardant les commandements, c'est-à-dire en les vivant.La grande nouveauté réside dans la manière d'aimer les autres. Jésus parle à ce propos (12) d'un commandement qui est le sien. Il ne s'agit donc plus seulement d'aimer le prochain comme soi-même (Lv 19,18), mais de s'aimer les uns les autres comme le Christ lui-même a aimé ses disciples. Et pour donner du contenu à cet amour, Jésus précise que son amour des hommes (13) a culminé dans le don même de sa vie ("il l'a déposée") pour ses amis.Désormais se comporter en disciples de Jésus (14) passe par une vie donnée pour les autres à la suite de la sienne.Au "croire" s'ajoute désormais le "s'aimer les uns les autres comme Jésus a aimé". Ces deux termes résument pour le quatrième évangile toute la vocation du disciple.
Un statut nouveau (vv.15-16)
A ceux qu'il a choisis (16), le Christ accorde désormais une dignité émouvante. C'était déjà une grandeur d'être serviteur et donc collaborateur et partenaire d'alliance, mais ce titre maintenait une différence de niveau: "le serviteur ne sait pas ce que fait son maître" (15a).En traitant ses disciples d'amis Jésus en fait des égaux, puisque "l'amitié trouve en l'autre l'égalité ou la crée". Jésus, bien entendu, la fait naître en confiant à ses disciples rien moins que ce qu'il a "entendu auprès du Père" (15b). C'est dire qu'il les introduit dans l'intimité qui existe entre le Père et lui.
Le texte de tous les excès
Aimer comme le Père et le Fils s'aiment et nous aiment.Aimer l'autre comme Jésus a aimé, allant jusqu'au don de sa vie.Vivre avec le Christ une amitié totale et plénière.Une telle révélation nous déroute. Elle nous paraît trop grande pour nous, réservée à une poignée d'êtres d'exception, les mystiques.Le réalisme consiste à nommer notre scepticisme devant Dieu. A lui avouer nos peurs à l'idée d'une telle aventure. A lui dire notre incapacité à vivre une telle invitation. Puis à laisser retentir en nous cet appel qui nous dit notre grandeur et notre dignité. N'est-ce pas à une communion de ce type que nous aspirons au fond de nous-mêmes? Le seul témoignage susceptible de toucher notre monde n'est-il pas celui de l'amour fraternel (qui s'inspire de celui qu'a vécu le Christ)?
Le mystère de l'amitié
Et si tout cela commençait par l'acceptation joyeuse et émue de l'amitié que le Christ nous offre?Nous savons par expérience que l'amitié implique un processus; du temps accordé à l'autre, à l'écoute mutuelle; l'acceptation progressive de l'autre dans notre coeur profond pour qu'il y prenne de plus en plus de place; le partage aussi bien des heures de beauté que de tristesse. Et, de manière ultime, une intimité où chacun est lui-même en vérité.Et quand celui qui a pris l'initiative de l'amitié est le Christ, cette relation devient lieu de repos parce qu'on y est accueilli tel qu'on est et sans que notre pauvreté et nos infidélités ne remettent jamais en cause la profondeur et la beauté de ce lien.