Jésus
vient d’inviter les siens à pardonner sans mesure. Cela leur parait-il
impossible? En tout cas, ils se tournent vers lui et nous avec eux: Augmente
en nous la foi! Car déjà, ils ont compris que la foi est d’abord un don,
une grâce. Nul la conquiert, ne l’achète, ne la gagne. On ne peut que la
quémander, l’implorer.
Sans
répondre directement à leur requête, Jésus recourt à une image paradoxale qui
exprime l’incroyable vitalité de la foi. Tel un levier qui soulève bien plus
que son poids, un rien de foi est capable de réaliser l’inouï, l’impossible.
Pourtant
les disciples ont la conscience d’avoir la foi, après tout n’ont-ils pas tout
laissé pour suivre cet inconnu? Mais ils remarquent aussi que ce n’est pas
comme Jésus croit. De cette foi paisible et confiante, de cette audace qui ne
doute de rien parce qu’elle repose sans cesse dans l’amour et dans la
tranquille assurance que le Père réalise chacun de ses désirs. Au regard d’un
tel abandon réciproque entre le Père et le Fils, le disciple sent que sa foi
n’est qu’un début de foi qui demande à être réconforté, soutenu, amplifié par
la foi de Jésus.
“Dieu ne nous doit rien, par la foi, nous lui devons tout.“
C’est
le sens de leur demande. Or Jésus leur répond que ce peu de foi est largement
suffisant pour que Dieu puisse accomplir des miracles. En effet, tel est la loi
du Royaume: il n’y a pas de commune mesure entre le peu que l’homme peut
accomplir et la merveille que Dieu réalise à travers lui. En d’autres termes,
notre foi a beau être balbutiante et défaillante, Dieu opère tout de même de
grandes choses à travers elle.
Elle
ne peut être que cela: une humble ouverture à Dieu, dans l’amour, une brèche
dans notre orgueil où il pourra se faufiler et donner la pleine mesure de sa
puissance. Finalement, notre foi est aussi notre richesse parce qu’elle est
d’abord notre pauvreté. Dieu ne nous doit rien, par la foi, nous lui devons
tout. Seule notre foi, défaillante et fragile permet à Dieu de relayer
l’inutilité foncière de nos actes et donner du fruit.
Sœur
Marie-Paule | Vendredi 4 octobre 2019
Lc 17, 5-10
En ce temps-là,
les Apôtres dirent au Seigneur :
« Augmente en nous la foi ! »
Le Seigneur répondit :
« Si vous aviez de la foi,
gros comme une graine de moutarde,
vous auriez dit à l’arbre que voici :
‘Déracine-toi et va te planter dans la mer’,
et il vous aurait obéi.
Lequel d’entre vous,
quand son serviteur aura labouré ou gardé les bêtes,
lui dira à son retour des champs :
‘Viens vite prendre place à table’ ?
Ne lui dira-t-il pas plutôt :
‘Prépare-moi à dîner,
mets-toi en tenue pour me servir,
le temps que je mange et boive.
Ensuite tu mangeras et boiras à ton tour’ ?
Va-t-il être reconnaissant envers ce serviteur
d’avoir exécuté ses ordres ?
De même vous aussi,
quand vous aurez exécuté tout ce qui vous a été ordonné,
dites :
‘Nous sommes de simples serviteurs :
nous n’avons fait que notre devoir’ »