Où sont passés les entrepreneurs, non pas désintéressés, mais occupés au sort de leur entreprise, occupés à réinvestir les profits accumulés, occupés à améliorer la qualité de leurs produits, occupés à embaucher du personnel, à le former et à lui offrir une excellente qualité de vie? M. Minder fait peut-être partie de ces gens-là, ceux qui autrefois bâtirent la Suisse, ceux à qui il semble légitime de confier les rênes de notre avenir. Cependant, ils se font rares, car on leur substitue un autre idéal de patronat.A l'opposé de l'entrepreneur solidaire, quelques grands patrons, devenus trop grands pour notre Suisse, s'inquiètent de légitimer des salaires ajustés à leur grandeur. Il y a quelques années, M. Ospel, grand banquier, revendiquait à l'antenne de la télévision romande une part fortement grossissante des profits de l'entreprise pour les dirigeants, en raison de l'importante plus-value qu'ils apportent par leurs réseaux et leurs compétences.
Aujourd'hui, M. Vasella, grand pharmacien, s'en va de Novartis, entreprise dont il a fait les beaux jours. Les méchants journalistes de la SonntagsZeitung écrivent que M. Vasella recevrait à l'avenir de son ancienne entreprise quelques millions par année «à titre de dédommagement pour les clauses de non-concurrence», comme si les nouvelles élites ne se sentaient liées à leur entreprise, à leur métier, à leurs employés et même à leurs clients, que par l'argent qu'elles encaissent d'eux, comme si, M. Vasella, après avoir tellement donné à son entreprise pendant 17 ans de sa vie, filerait, aussitôt retraité, se vendre à la concurrence. Non messieurs les journalistes, vous vous trompez, ne voyez-vous pas combien les grands patrons investissent leur fortune dans le tissu économique suisse, pour innover, créer du travail et de la valeur durable.Et l'on voudrait nous faire croire qu'ils se laissent stipendier. Mais ne voyez-vous pas combien leur générosité est désintéressée! D'ailleurs, possédant tant de richesses, comment pourraient-ils encore se vendre pour de l'argent? Ce serait folie que d'en vouloir encore plus, et ce serait assurément le signe alarmant du déclin de nos élites.