Une grosse météorite est tombée au cœur de Lausanne et a écrasé une voiture.C’est une sculpture d’Etienne Krähenbühl qui a occupé un coin de la place de la Riponne du 22 novembre au 24 février. Drôle d’entreprise que je voudrais décrypter.
Quelle est l’impression générale ? La couleur rouille de la « pierre métallique stellaire » et ses formes étudiées (faces lisses ou striées de traits parallèles) suggèrent que cette « poussière d’étoile » (cf. le nom de l’œuvre) est en fait un bloc qui condense et applatit tous les néants, toutes les vanités, tous les déchets de notre société de consommation. Cette météorite ne vient donc pas du ciel mais du cœur même de notre société. Ce paradoxe fait sens, me semble-t-il.
Allons plus loin. L’auteur, d’après les articles que j’ai lu à son sujet, s’intéresse, dans ses différentes démarches artistiques et ici aussi, aux marques du temps dans la matière. En fait on s’intéresse tous à ce sujet : les quinqua regardent les ridules qui se fendent aux bords des paupières ; on s’inquiète en regardant la peinture des bâtiments de nos villes qui s’estompe dans la grisaille ; on s’étonne de voir des brins d’herbes triompher de l’épaisseur de nos routes goudonnées... D’où la question : est-ce que le temps qui passe n’est que destruction ? N’est-il pas aussi et surtout la chance d’une construction et d’un embellissement ?Epanouissement vers un mieux ou évanouissement vers le néant ?Au Congo et dans beaucoup de pays du Sud miséreux, la réponse est claire et désespérante. Il suffit de regarder s’évanouir progressivement les routes, les ponts, les industries, les écoles, les hôpitaux des décennies passées (par exemple, les beaux restes de l’époque coloniale)... Et de constater que rien ne les remplace.Si les Congolais et tant de peuples à travers la terre sont écrasés, ce n’est pas tant parce que des météorites leur tombent dessus, mais parce que le temps qui passe n’est pas capable de leur donner l’espoir d’un mieux...Et j’en arrive à ma conclusion :
Peut-être toute cette réflexion est-elle encore une réflexion « de riche ».
Si on plaçait la même œuvre de Krähenbühl sur une place d’une ville au milieu du Congo, dès le lendemain elle aurait disparu : le métal aurait été intelligemment recyclé pour couvrir des toits perçés, améliorer un véhicule ou pour confectionner un outil...
Evanouissement bienvenu... pour d’humbles épanouissements...Une bonne parabole pour un chemin de Carême : plutôt que de nous plaindre des ravages du temps qui passe, essayons de voir comment nous pouvons en tirer humblement parti.