Grâce à la visite et au séjour en juillet de notre confrère le bibliothécaire de l’Abbaye, la petite bibliothèque de la maison de la Colline est désormais opérationnelle. Des étagères ont été faites par le menuisier ; les livres arrivés d’Europe par container voilà deux ans sont désormais à pieds d’œuvre dans les rayons répartis par thèmes : bible, spiritualité, liturgie etc. et même un rayon « livres d’enfants »...Une dizaine de livres sont déjà empruntés – registre à l’appui – par des visiteurs de passages ou les familiers de la maison. Je souhaiterais que les jeunes du village qui sont en formation secondaire pour obtenir le diplôme d’état, acquièrent le goût de lire. Mais ce n’est pas gagné. D’une part ils préfèrent écouter des musiques de Kin sur leur téléphone quand ils ont réussi à en avoir un. D’autre part il faudrait leur trouver des livres plus accessibles que « l’Eglise du Verbe incarné » du Cardinal Journet !
Une petite anecdote en forme de parabole :
Il y a quelques mois nous avions sortis des cartons une partie des livres qui commençaient à être mangés par les animaux sauvages (insectes, rats, souris, serpents) dans le dépôt où ils avaient été entassés par cartons en attendant les jours meilleurs des rangements et catalogages...J’y ai trouvé un livre intitulé « L’inquiétude religieuse », d’Henri Brémond, de l’Académie française, mangé sous le titre à une épaisseur de 30 pages (image à l’appui). Et j’imagine une souris ou un insecte congolais « dévorer » un livre qui s’intitule « L’inquiétude religieuse ».Ce n’est pas le genre de livres que dévorent les Européens. Par contre, ici au Kasaï c’est un sujet d’actualité. L’inquiétude religieuse, le besoin de religieux, le désir concret d’être béni, la peur du sacré et des forces maléfiques, etc... tout cela fait partie du quotidien des Congolais.Je ne sais pas ce qu’Henri Brémond – de l’Académie français – dirait du destin de son livre qui n’a pas trouvé place dans notre bibliothèque du Kasaï à cause de la gourmandise d’une petite bête !
Guy Luisier