Au petit matin du 15 Août, alors que les catholiques célèbrent une femme sans tare, sur nos ondes nationales pérore un professeur sur le diagnostique préimplantatoire appelé à éliminer tout germe de vie humaine grevé d’un mal qui compromettrait sa croissance. Nos chambres fédérales se préparent à approuver la loi cadre qui autorisera ces intervention. Notre scientifique s’en réjouit. Enfin, la Suisse ne fera plus figure de pays rétrograde et moyenâgeux parmi ses pairs européens !Notre professeur ne cache pas que cette technique pourrait permettre un jour non seulement d’éviter ce qu’il y a de fâcheux, mais encore de choisir ce qui nous paraît le mieux pour nos enfants. Comme la couleur de leurs yeux, le teint de leur peau, leur aptitude de footballeur ou de marathonien ou même de mathématicien et que sais-je encore ! Enfin, nous aurions des enfants qui nous plaisent, à notre goût, selon nos fantaisies et nos fantasmes. Le professeur, sans entrer dans le détail de ces performances, estime l’opération possible, puisque on n’arrête pas l’avancée de la science. A quand les applications concrètes de ces découvertes ? Cela dépend, estime-t-il, des réflexes du peuple suisse, malheureusement encore embourbé dans ses ornières religieuses, cantonales, culturelles et finalement économiques. L’arrivée sur son sol d’immigrés passablement incultes ne va certes pas accélérer le processus.J’éteins mon poste et prends ma tête entre mes mains. Le rêve d’Aldous Huxley cesserait-il de n’être qu’une fiction ? A quand la production en laboratoire d’esclaves Delta et Epsilon dont notre industrie a besoin ? On appelait autrefois « eugénisme » cette singulière philosophie. Un mot que l’on n’ose plus guère prononcer depuis le sinistre usage qu’en a fait un certain aryens du siècle dernier. Mais voilà que le mot reprend du service. Nous aurons des enfants parfaits et nous éliminerons les ratés.Nous ne fabriquerons pas hélas de nouvelles Vierge Marie sans tache ni péché. La sainteté, les vertus héroïques ou morales échappent totalement à nos planificateurs scientifiques. Il faut être fou comme Paul de Tarse pour affirmer : « Je suis fort quand je suis faible » et reconnaître dans un condamné crucifié celui qui sauve l’humanité.
Guy Musy