Les mots sont durs. Cruels même. «Crucifiez-les». Ce n’est pas la version au pluriel du procès de Jésus. C’est l’injonction lancée au Caire, la semaine passée, par l’imam de l’université Al Azhar, Ahmed Al-Tayeb, la plus haute autorité morale de l’islam sunnite. Crucifiez ces «criminels» de l’Etat islamique qui ont brûlé vif un pilote jordanien.Les mots sont durs. Durs comme l’état de tension qui règne dans le monde musulman. Un monde multiple, de l’Afrique à l’Indonésie, en passant par la péninsule arabique et les autres continents. L’islam, tenté par l’extrémisme, réagit aux exactions sanglantes d’un groupe habité par un rêve fou: revenir au califat, le califat des Omeyyades. La tentation est subtile: les sunnites se sentent menacés par les chiites, qui ont le vent en poupe, surtout en Irak. Et l’Etat islamique leur promet la sécurité idéologique et militaire. Dilemme…Pour les chrétiens, la crucifixion évoque un châtiment inhumain que le Christ a subi par amour. Une sanction surtout appliquée, à l’époque, aux esclaves. Or ces derniers mois, ce châtiment qu’on pensait d’un autre âge est de retour, tout comme la décapitation ou la mort par le feu. Le groupe Etat islamique utilise notamment la décapitation d’otages pour sa propagande. Mais la peur ne fait rien avancer, bien au contraire…De fait, l’imam d’Al Azhar répond à la violence des actes par la violence des mots. «Crucifiez-les…»: cela signifie que le cancer de l’extrémisme ne doit pas s’imposer. Beaucoup de musulmans espèrent vaincre l’extrémisme. Les chrétiens ne peuvent qu’y adhérer. Car en Orient, les chrétiens subissent, eux, des chemins de croix répétés. C’est leur histoire et leur présence qu’on crucifie.
Bernard Litzler