Homélie du 12e dimanche Ordinaire C (Lc 9, 18 -24)L’extraordinaire de Jésus, c’est qu’il manifeste sa grandeur en s’abaissant, en prenant la dernière place, en se faisant serviteur, allant jusqu’à donner sa vie sur la croix.
L’extraordinaire de Jésus, c’est qu’il ne demande pas aux disciples d’être grands, mais de marcher à sa suite sur ce même chemin d’humilité.
Dans ce bel évangile, nous sommes non loin de Césarée de Philippe, au Nord de la Galilée, près des sources du Jourdain. Nous sommes à l’écart, loin de tout ce qui est grand, isolé, dans un lieu désert. Un lieu désert est souvent idéal pour prier!Jésus est d’ailleurs en prière quand arrive les disciples. C’est beau de constater comme dans la vie de Jésus, tous les grands évènements sont placés sous le signe de la prière. Vrai pour son baptême, vrai pour le choix des douze, vrai pour la Transfiguration, vrai surtout pour la croix et la mort sur la croix. La prière est pour Jésus le moyen d’être uni à la volonté du Père. Car Jésus n’est pas venu pour faire sa volonté, mais pour faire la volonté de celui qui l’a envoyé.Si on prend le temps d’y réfléchir, sans prière peut-il vraiment se passer quelque chose d’important dans nos vies?Ainsi, en cette heure de silence et d’isolement, après s’être recueilli dans la prière, Jésus va leur poser la grande question, celle dont la réponse les hantait tous! A savoir qui est-il réellement, qui se cache derrière ce charpentier de Nazareth, cet homme de 30 ans, remarquable par la Parole et par l’exemple, cet homme qui parle avec une autorité immense, cet homme qui vient de multiplier les pains.Bien sûr, toutes les opinions circulaient déjà. La rumeur enflait. Tout le monde était d’accord pour dire que Jésus était un homme exceptionnel, un envoyé de Dieu, comme Jean-Baptiste, un prophète comme Elie ou Moïse.Et, aujourd’hui encore, la majorité des opinions va dans ce sens. Tout le monde s'accorde pour dire de Jésus qu'il est un être vraiment remarquable. Ainsi, l’Islam voit en Jésus un tout grand prophète. Beaucoup d’agnostiques voient en Jésus un génie religieux, un grand fondateur de religion, un peu comme Bouddha, Gandhi ou Mahomet.Or, Jésus demande d’aller plus loin lorsqu'il interroge «Mais pour vous, qui suis-je?». Cette question ne s’adresse plus à l’opinion publique en général, mais à chacun en particulier, personnellement. «Jésus ne nous demande pas une définition de sa Personne, mais un témoignage de ce qu’il est «pour nous». Qui est réellement cet homme guérissant des malades, faisant des miracles, parlant aux foules avec une extraordinaire autorité? Est-il celui que tout le monde attend, le Messie de la promesse? Celui qui doit venir délivrer le peuple? Celui qui est attendu depuis des générations, le Libérateur et le Sauveur?Pierre, en leader des douze répond: «Tu es le Messie de Dieu». Cette réponse est parfaite, inspirée. Jésus est celui qui était attendu depuis très longtemps pour libérer l’homme de la mort et du péché.Alors voilà, c’est clair. Nous avons la bonne réponse. Jésus est le Messie de Dieu.
Nous pouvons maintenant aller boire l’apéro; tout est bien qui finit bien. Mais non, car voici que notre évangile prend un tour inattendu; au lieu de nous parler de ce qui aurait été prévisible, de paix, de libération, de fin de tous les maux, voilà que Jésus annonce les souffrances qui l’attendent, son arrestation, sa mort, et très mystérieusement, sa Résurrection.Plus déroutant encore, décrivant le chemin du disciple, i.e. de celui qui veut suivre le Messie, et bien Jésus demande ni plus ni moins que de prendre sa croix à la suite du maître, et de marcher sur le chemin même qu’il a emprunté.Entendez comme tout cela est déroutant! A coup sûr, jamais les disciples ne s’étaient imaginés un tel Messie! Et de telles conditions pour le suivre.
Entendez bien! Le mystère est moins le fait que Jésus soit le Messie que celui qu’il soit un Messie souffrant, transpercé, immolé comme agneau à l’abattoir.L’extraordinaire de Jésus, c’est qu’il manifeste sa grandeur en s’abaissant, en prenant la dernière place, en se faisant serviteur, allant jusqu’à donner sa vie sur la croix.
L’extraordinaire de Jésus, c’est qu’il ne demande pas aux disciples d’être grands, mais de marcher à sa suite sur ce même chemin d’humilité.Seigneur, nous voulons marcher à ta suite, mais il est vrai que nous avons un peu peur de cette histoire de croix à prendre.Le chemin que tu nous montres est le seul vrai chemin, puisque tu es le chemin, la vérité et la vie.
Seigneur, je veux porter ma croix à ta suite, dans chaque décision que je dois prendre. Je veux m’oublier plutôt que me réaliser. Je veux te servir plutôt que me servir. Je veux donner ma vie, par amour, plutôt que la garder stérilement.
Je crois en tes paroles: pour sauver ma vie, je dois la perdre. Je dois la donner.Alors aide-moi Seigneur à renoncer chaque jour un peu à moi-même.
Pour que tu sois vivant par mes œuvres.Amen.Père Jérôme Jean