Si on oublie tout le travail humain et la réalité de la terre dans le pain, on risque de tomber dans le piège du tentateur qui invite Jésus à transformer la pierre en pain. Or, souvent on ne voit pas tout le travail humain qui relie la terre au pain et ce que l’on peut faire pour agir contre les injustices qui s’y cachent trop souvent. www.voir-et-agir.ch
Le récit des tentations de Jésus au désert (lecture du premier dimanche de carême), introduit de bonne manière le thème de la campagne œcuménique d’Action de Carême et Pain pour le prochain avec Etre partenaires.
En préparant cette campagne, j’ai été frappé par la première tentation : le tentateur attaque « Si tu es le fils de Dieu, ordonne à cette pierre de devenir du pain ». Mais la réponse de Jésus claque : « Ce n’est seulement de pain que l’homme doit vivre ».
Et c’est vrai, on ne passe pas d’une manière minérale à un produit que l’on peut manger d’un seul coup. Mais s’en souvient-on quand on est dans le supermarché et qu’on voit tous ces aliments briller dans les rayons violemment éclairés ? Le travail humain, la terre travaillée, le moulin et la boulangerie, toutes ces personnes qui ont rendu possible cette nourriture présentée dans les rayons. On ne peut pas réduire la nourriture à une simple matière, aux calories dont notre corps a besoin. La tentation de transformer la pierre en pain, c’est la tentation de sauter par-dessus toute la culture, l’agriculture, la réalité sociale et humaine qui se trouve dans ce que l’on mange.
Si on oublie tout cela, on est sujet à manipulation comme le rappelle l’actualité de ces lasagnes de bœuf dans lesquels on a mis du cheval. Si on oublie tout cela on ne voit pas que le fourrage que l’on donne à nos bêtes en Suisse vient en partie du Brésil. Si on oublie cela, on ne voit pas qu’on est piégé par cette tentation de passer directement de la pierre au pain, comme si le travail humain, comme si la terre et ses fruits n’existaient pas.
Le carême est un temps de libération, un temps de libération de ces tentations qui nous piègent et nous empêchent de voir ce qui se cache derrière le simple pain que nous mangeons.
« Voir et agir », la campagne œcuménique est une invitation à voir la réalité d’injustice, de violence qui se cachent derrière notre société de consommation où tout semble à portée de main, tout fait, tout cuit. Notre campagne est aussi une invitation à agir face à cette réalité. Car nous ne sommes pas impuissants. Comme Jésus, nous pouvons dire non ! Nous pouvons vivre un peu différemment, nous détacher d’une chose ou d’une autre pour manifester que l’essentiel pour nous n’est pas dans la matière que nous mangeons, mais dans la vie que nous partageons avec d’autres, dans la solidarité qui nous fait prochain les uns des autres. Et si nous pouvons le faire, c’est parce que nous sommes habités d’une espérance bien plus forte que tout.
Des pistes existent, elles sont accessibles sur www.voir-et-agir.ch ainsi que dans le calendrier de carême.