«Les pluies d’orage, ça tombe et ça roule en bas l’talus»: savoureuse perle de concision, le 3 août au Téléjournal. Un éleveur jurassien commentait la période de sécheresse qui fait souffrir son bétail. Le manque d’eau n’est pas compensé par des pluies orageuses, rapides, mais inutiles pour la repousse de l’herbe. «En bas l’talus»... lieu de l’inutile, du superficiel...Nos vies individuelles et collectives sont aussi, à leur manière, victimes de ce syndrome du talus: beaucoup de bruit pour rien, des infos données à grand fracas, mais inutiles. «En bas l’talus» international... ne risque-t-on pas de trouver bientôt, pêle-mêle?: Les négociations israélo-palestiniennes qui ressemblent à des gesticulations... Les espoirs d’une fin de la guerre civile en Syrie, plaie ouverte et scandale honteux des jeux des Grands... La réconciliation en Egypte, dont la révolution a engendré une lutte fratricide... Les espoirs français, espagnols, grecs de sortie du marasme économique...«En bas l’talus», c’est sans souffle, sans résultat. Les pluies seraient pourtant les bienvenues sur l’aride sol international: une paix véritable entre Israël et la Palestine, avec une dose de bonne volonté, une accalmie en Syrie, si Assad renonçait à sa féroce répression, une réconciliation en Egypte si les Frères musulmans réalisaient que leur projet est voué à l’échec, un arc-en-ciel sur le chômage en Europe... Le talus est vaste.Mais les pluies tombent aussi, parfois, en des lieux inattendus. Gardons donc le regard ouvert vers les nouveaux possibles: dans nos histoires personnelles comme dans la vie internationale, les pluies qui ne descendent pas le talus font du bien. Et elles existent. A nous de nous faire chasseurs de pluies. Pour régénérer les sols trop stériles de nos existences, pour redonner goût à la vie, pour voir pousser les petites fleurs d’espérance. Car le Christ est venu allumer un feu sur la Terre... Pas pour nous orienter vers ce qui «roule en bas l’talus».Bernard Litzler