Hannah Arendt est passée à la postérité par une simple expression "la banalité du mal", qui a frappé ses contemporains et qui continue à susciter des réactions aujourd'hui.
Cette philosophe juive américaine d'origine allemande - pour un aperçu de sa vie mouvementée, consulter l'inévitable Wikipédia - s'était passionnée pour le procès du fonctionnaire nazi Adolf Eichmann à Jérusalem en 1961, et c'est en rédigeant le compte-rendu à la suite de ce procès qu'elle a développé cette idée que des gens ordinaires étaient responsables d'un des pires crimes collectifs du 20e siècle. Ayant assisté quelques jours au procès, elle avait en effet été frappée par l'insignifiance d'Eichmann en tant que personne, aussi bien par son attitude que par ses paroles. Pourtant, les critiques les plus virulentes ont porté sur le fait qu'Hannah Arendt avait souligné que des juifs avaient paradoxalement coopéré avec les nazis (au sein des conseils juifs - les "Judenräte") . La polémique qui s'est élevée est donc pour beaucoup interne au judaïsme. Encore aujourd'hui, des personnes comme Claude Lanzmann, qui a réalisé le documentaire "Shoah" (disponible au CIDOC, bien entendu), s'opposent vigoureusement aux thèses d'Hannah Arendt.
Le DVD du film éponyme qui vient de sortir (et qui est disponible au CIDOC ici) présente Hannah Arendt sous son aspect de philosophe engagée, pleine d'une rigueur intellectuelle qui ne peut laisser place à des égards pour ses amis ayant des idées opposées, mais cela sans escamoter ses propres zones d'ombres - ainsi le fait qu'elle ne se soit jamais vraiment distancée de son professeur de philosophie Martin Heiddeger, lequel s'était jadis rangé du côté des nazis. Le film s'ingénie à montrer cette ambiance particulière à New York, avec ce groupe d'intellectuels, dont fait partie Hannah Arendt, qui parle plus volontiers allemand qu'anglais, avec encore ça et là des mots en hébreu. Le film est plaisant, bien monté, et le spectateur reste accroché à la lutte d'Hannah Arendt jusqu'au clap de fin. On pourrait d'ailleurs même dire qu'il s'agit d'un tour de force de la part de la réalisatrice - allemande - du film, Margarethe von Trotta, car une dispute entre intellectuels n'a normalement pas un aspect particulièrement télégénique!
Robin Masur, Chef de service du CIDOC - Centre pour l'information et la documentation chrétiennes - Boulevard de Grancy 29 1006 Lausanne - 021 614 03 00 - info@cidoc.ch
http://youtu.be/mCA4WzPLctA