Le Monde, l’air contrit, se tenait devant le médecin. «Alors, demanda ce dernier, ça va?» Le monde s’épongea le front: «J’ai chaud… Je ne me plains pas trop de la météo, mais ça me chauffe de partout. Cette année, j’ai des vraies bouffées de chaleur: la Syrie, la Somalie, Londres, Oslo, les places financières, la Libye… Ça m’inquiète… Ça me gratouille partout, je me sens mal … Les jeunes pillent et incendient en Angleterre, les démunis protestent en Israël, les "Indignados" occupent les places en Espagne et on crie: "Y’en a marre!" au Sénégal… Comment voulez-vous que j’aille bien, docteur?»
Le médecin soupira. Il regarda le Monde bien en face. Il lui demanda, grave: «Alors, tout va vraiment mal, Monsieur le Monde?» - «Non, non… Mais tout mon corps bouge. En Egypte, on manifeste, en Syrie, ça bloque sacrément et je crains une hémorragie… En Algérie, au Maroc ou en Tunisie, il suffit de peu pour que la fièvre se manifeste à nouveau… Alors comment rester tranquille quand son corps bouge de partout? Vous avez sûrement un remède, docteur?»
Le médecin leva les yeux et répondit, calmement: «Je ne vais quand même pas vous bourrer de médicaments… Vous avez vous-même la capacité de fabriquer des anti-corps. Et vos mauvaises habitudes, vous ne croyez pas qu’elles favorisent vos malaises?...» Le patient baissa la tête, pendant que le praticien reprit: «Vous dites depuis deux ans que vous allez soigner votre secteur financier. Bon, vous avez stoppé les saignements, certes, mais il faut un traitement de fond, vous le savez… Et quand vous soutenez les dictatures, en Syrie, en Egypte, en Libye, c’est pas pour votre bien, non? Je suis médecin, pas pompier, moi! Alors écoutez-moi bien: tout n’est pas négatif! Vous muez, c’est tout… Vous bougez! A votre âge, c’est excellent. Des opinions publiques qui se lèvent, ce sont de très bons anti-corps contre les totalitarismes… Vous n’êtes pas foutu! Vous avez encore de l’avenir, Monsieur le Monde!»
«Ah, une dernière chose… Allez à Madrid, la semaine prochaine. Vous y prendrez un bain de jeunesse… Ça vous fera du bien!». Le Monde, tout à coup, releva la tête: «Merci, mon Dieu!...». Le cabinet médical s’était vidé. Et le Monde se sentit mieux…Bernard Litzler