Quel coup de Lance! Longuement annoncées, abondamment mises en scène par une chaîne de TV américaine, les révélations de dopage du coureur ont eu l’effet d’un nettoyage. Nettoyage de sa conscience après des années de mensonges. Nettoyage d’un paysage cycliste souillé. Nettoyage aussi de l’inconscient collectif qui doutait et se doutait que tout n’était pas «clean» dans les performances d’Armstrong. Mais ce soulagement ne saurait faire oublier l’attitude déloyale de ce faux héros.Que l’Américain ait bravé ceux qui contestaient ses exploits tient du prodige. Plus encore que les sept Tours de France indûment gagnés, c’est la manière de tricher et le contournement des contrôles qui forcent la honte, à défaut d’admiration. En 1998, les Suisses Zülle et Dufault, braves coureurs de l’équipe Festina, tombaient dans les filets de la police française. L’année suivante Armstrong montrait qu’il avait plus d’un tour dans son sac. Et sa gibecière s’est remplie de sept Tours aussi truqués les uns que les autres. Les journalistes avaient beau faire la fine bouche, les indices s’accumuler, les contrôles se multiplier, rien n’y fit. Le voleur avait toujours un tour d’avance sur les gendarmes. Sauf qu’une femme, Betsy Andreu, épouse d’un ancien co-équipier de l’homme en jaune, n’a pas cédé. Elle avait entendu Armstrong avouer qu’il se dopait. Et, malgré les dénégations de ce dernier, elle n’a pas failli.Soudain le masque est tombé. Et le roi s’est retrouvé nu, avouant sa prise de produits dopants. Une nudité motivée toutefois: l’ex-pédaleur risquait la prison. Si la morale est sauve, le combat de ceux qui disaient la vérité est remis en lumière. Les journalistes qui lançaient des preuves étaient attaqués en justice, Betsy Andreu a été traînée dans la boue, son mariage a failli céder...
L’acte de contrition grand public n’enlève pas le goût de la tromperie. La vérité a éclaté au grand jour. Mais le sport y a laissé son âme...Bernard Litzler