Abus sexuels: le pape dit sa honte au président bolivien
Le pape François a exprimé dans une lettre au président bolivien Luis Arce «la disponibilité totale de l’Église à collaborer avec le gouvernement» bolivien pour combattre les abus. Le pays a été secoué par les révélations, fin avril, concernant un prêtre jésuite espagnol qui aurait agressé sexuellement 85 mineurs dans les années 1970.
Par cette lettre, écrite en mai et diffusée sur Twitter par Luis Arce ce 16 juin 2023, le pape répond à la demande du dirigeant latino-américain qui souhaite notamment que la justice bolivienne puisse avoir accès aux informations du Saint-Siège concernant des cas d’abus sexuels commis par des prêtres et des religieux en Bolivie.
Dans la missive publiée sur le réseau social, le pape dit sa honte, sa peine et son désarroi devant les «actions néfastes de ces prêtres» mais aussi devant «la négligence de ceux qui auraient dû être vigilants». «Les ministres de l’Église devraient être les ‘gardiens’ et les garants du bien et de l’avenir des jeunes générations», ajoute-t-il, en demandant que Dieu aide à «réparer les injustices».
Le chef de l’Église catholique remercie aussi le président pour «la clarté» avec laquelle il a fait part de «l’indignation» de la population bolivienne devant les cas d’abus commis au sein de l’Église. «En ce sens, Monsieur le Président, je vous exprime mon ferme désir de répondre par la promesse de la disponibilité totale de l’Église à collaborer avec le gouvernement de votre pays», insiste le pape.
Cette lettre du pape vient en réponse à celle écrite par le président bolivien en mai dernier. Il lui demandait que la justice bolivienne puisse avoir «accès à tous les dossiers, fichiers et informations concernant ces plaintes et les actes d’abus sexuels commis par des prêtres et religieux catholiques sur le sol bolivien». Luis Arce expliquait aussi que l’État bolivien se réservait le droit de ne pas admettre sur son territoire «de nouveaux prêtres et religieux étrangers ayant des antécédents d’abus sexuels sur mineur».
Le dirigeant réclamait également une révision des accords régissant les relations entre la Bolivie et le Saint-Siège afin qu’ils puissent inclure des mesures visant à enrayer le fléau des abus.
Les abus commis par le Père Alfonso Pedrajas
Des révélations d’abus ont secoué la Bolivie et suscité l’indignation de la population. Le 30 avril, le quotidien espagnol El Pais a publié une enquête sur des abus commis par un jésuite espagnol, Alfonso Pedrajas. Missionnaire en Bolivie dans les années 1970, il avait écrit un journal intime – diffusé par le média espagnol – dans lequel il racontait avoir abusé d’au moins 85 mineurs. Le prêtre, décédé d’un cancer en 2009, écrivait qu’un certain nombre de ses supérieurs et de ses confrères étaient au courant de ses actes mais qu’aucune action n’avait été entreprise.
Depuis la révélation de l’affaire, au moins cinq prêtres jésuites font l’objet d’une enquête pour avoir potentiellement couvert les abus du père Pedrajas, selon des médias locaux. En réponse aux révélations, Mgr Jordi Bertomeu, official au dicastère pour la Doctrine de la foi et expert sur les questions d’abus, s’est rendu en Bolivie fin mai à la demande de la Conférence épiscopale bolivienne. Cette dernière a elle aussi annoncé le 14 juin la création de quatre commissions pour prévenir et enquêter sur les allégations d’abus. (cath.ch/imedia/ic/bh)